Deux enfants de disparus de la dictature identifiés

Publié le par sab


C'est la nouvelle que vous trouverez sur toutes les chaînes d'infos argentines du câble, et bizarrement j'ai eu du mal à la retrouver sur
Clarín.. sans commentaires, mais vous pouvez toujours visiter la page dans sa version originale. Je crois l'avoir déjà mentionné, mais dans le doute, je récapitule rapidement : parmi les 30.000 disparus de la dictature, on compte aussi beaucoup de jeunes enfants séquestrés avec leurs parents, ou d'enfants nés pendant la détention clandestine de leur mère. Ces enfants enlevés à leurs parents ont été replacés dans des familles proches de la dictature, leur nom effacé et une nouvelle identité leur a été donnée. Aujourd'hui, avec la lutte incessante des Mères de la Place de Mai (en lien mon article à ce sujet), peu à peu ces enfants qui ont aujourd'hui près de 30 ans, sont à nouveau identifiés et leur nom de naissance leur est redonné. Ils retrouvent une famille qui pendant 30 ans les a cherchés. Tout ça grâce évidemment à l'acharnement des Mères (en lien la page officielle) mais aussi grâce aux analyses d'ADN. Dans le communiqué présenté par Estela Carlotto (l'une des Mères), celle-ci précise en effet que c'est grâce aux 99,9% de correspondance d'ADN avec leurs familles qu'on a pu les identifier. Près de 100 enfants de disparus ont à ce jour été ré-identifiés. A la fois peu et beaucoup.
Voici la traduction française de l'article de Clarín :

Jamais ils n'auraient pensé que dans la même semaine ils vivraient la même histoire. En l'espace de quelques jours ils ont appris qu'ils n'étaient pas ceux qu'ils croyaient être. Les deux sont enfants de disparus. Ella a 31 ans et lui 28. Tous deux ont souhaité préserver leur intimité pour que le changement ne soit pas si brusque. C'est pour cela que l'annonce officielle a été faite par Estela Carlotto.

Les Grands-Mères de la Place de Mai ont annoncé hier qu'elles ont réussi à récupérer deux petits-enfants de plus. Elles ont atteint ainsi le chiffre de 92 enfants de disparus localisés par leurs familles après avoir été volés encore bébés à leurs parents pendant la dictature. Les analyses génétiques ont été catégoriques : 99,9 % de compatibilité. Maintenant commence le processus normal de changement d'identité et le plus difficile est d'intégrer une nouvelle histoire personnelle.

Aucun des deux n'a voulu participer à l'annonce officielle. Plus encore, ils ont expressément demandé que leurs noms ne soient révélés à leur entourage. Malgré le choc, ils semblent avoir pris leurs nouvelles identités avec calme. L'homme de 28 ans habite dans l'intérieur du pays et a découvert hier sa véritable origine de la bouche du juge Ariel Lijo.

Ses parents, Francisco Goya et María Lourdes Martínez Aranda (mexicaine), étaient entrés dans le pays pour la "contre-offensive montonera
" de 1979-1980. On suppose qu'ils ont été tués après avoir tenté d'éviter un contrôle militaire au Passage de Las Cuevas, à Mendoza, début 1980. Depuis lors, ils ont disparu.

Il avait environ 6 mois quand il a survécu à l'assassinat de ses parents. Ils l'avaient déclaré à Madrid, où il est né le 31 juillet 1979, sous le nom de Jorge Martínez Aranda
, nom de sa mère, pour éviter des représailles contre son père. Hier il a appris qu'aujourd'hui c'est son anniversaire. Il a échoué entre les mains d'un militaire et de son épouse qui l'ont déclaré comme fils légitime. Le militaire, de l'Armée, sera accusé dans les prochains jours.

Elle, est née fin avril - début mai 1977 à l'Hôpital Militaire du Champ de Mai. Elle a été envoyée là aux 8 mois et demi de grossesse de sa mère, María Teresa Trotta
, séquestrée en février de la même année dans le district de Merlo avec son époux, Roberto Castelli, et vue pour la dernière fois en vie dans le centre clandestin de détention El Vesubio. Tous deux intégraient la colonne Ouest de Montoneros et sont toujours disparus.

La petite née au Champ de Mai a échoué entre les mains d'un couple qui l'a adoptée soi-disant de bonne foi (selon des sources judiciaires) par le biais du Mouvement Familial Chrétien. Le juge fédéral Jorge Ballestero tente maintenant de déterminer comment la petite a atterri là.

Mais elle avait une sœur aînée qu'elle ne connaissait pas. Elevée par un oncle et connaissant l'histoire familiale, sa s
œur militait dans l'organisation HIJOS. Vendredi, quand on l'a informé de la découverte, elle était à Córdoba, dans l'attente de la condamnation contre le majeur responsable de la répression illégale de la guerrilla dans cette province [Córdoba est une province, dont la capitale porte le même nom], Luciano Benjamín Menéndez (l'article du lien titre sur une déclaration de l'ex-militaire, peu avant le verdict : "Les guerrilleros des années 70 sont aujourd'hui au pouvoir".. ça a un arrière-goût nazi. La connerie se fatigue jamais.)

"Je me sens réalisée. J'ai consacré ma vie à ça. C'est pour ça que rien ne sera terminé jusqu'à ce qu'apparaissent les frères de tous mes amis et les petits-enfants de toutes les grands-mères" a déclaré en sanglots Verónica Castelli. Elle a dit comprendre que sa sœur ne souhaite pas participer à l'annonce officielle. Elles ne se sont pas encore rencontré. Elles se sont seulement parlé par téléphone. A son côté, Carlotto et la vice-présidente des Mères, Rosa Roisinblit.

"Les Grands-Mères ont réussi. Maintenant commence un long chemin, et il faut le respecter" a déclaré Carlotto au sujet de ce nouveau panorama qui s'est ouvert face aux deux petits-enfants récupérés. "Ils ont besoin de temps" a-t-elle expliqué. S'ensuivit une longue embrassade avec Verónica. Avec les Grands-Mères se trouvait le secrétaire aux Droits de l'Homme, Eduardo Luis Duhalde. Il croit que dans un futur proche on arrivera à la récupération de la première centaine d'enfants de disparus nés en captivité ou arrachés à leurs parents.

Les organismes de défense des droits de l'homme estiment qu'environ un demi-millier de personnes aujourd'hui adultes et d'environ 30 ans ont été séparées de leurs parents et familles pendant la répression illégale de la guerrilla.

Dans les cas annoncés hier, la fille de Castelli et Trotta a accepté de donner son sang pour le comparer à celui de sa famille, tandis que pour le fils de Goya et Martínez Aranda, c'est grâce à une brosse à dent qu'on lui a subtilisé qu'on a obtenu son ADN.




Putain, c'est terrible à la fois de se rendre compte qu'une trentaine d'années de votre vie vous ont été volées, que votre histoire est artificielle, et probablement pire encore d'apprendre que celui que vous croyiez votre père est un assassin de la dictature, partageant la responsabilité de 30.000 morts... Terrible aussi pour toutes les personnes  argentines de mon âge, que de se demander incessament si leur identité leur a été ainsi volée, et leur histoire effacée et réécrite par des criminels. Et que leurs parents biologiques ont été assassinés il y a 30 ans.

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Un toulousain â Cordoba 01/08/2008 01:05

Vous avez vu le film "La Historia Oficial" ? Il traite de ce sujet. Un peu vieux et qui a mal vieilli, mais à voir.

sab 04/08/2008 23:12



Non, pas vu. J'ai vu Cronica de una fuga, qui évidemment fait froid dans le dos. Plus encore peut-être quand les journaux titrent que c'est déjà le 42ème répresseur de la dictature qui
s'échappe avant son procès... putain les dictatures et les tortures, ça devrait être que dans les livres d'histoire.