Le Vesubio, et retour

Publié le par sab

L'histoire

Après Laguna Blanca début août, nous sommes tranquillement rentrés à Catamarca.. heureux et un peu soulagés aussi, parce que la balade de découverte des sites archéo s'est transformée en cauchemar pour beaucoup, entre le manque d'exercice qui ne pardonne pas en milieu accidenté, meme si pas raide, et le soroche, le fameux mal des montagnes qui aime bien s'immiscer au coeur de l'organisme des pauvres citadins au détour d'un bon gros effort.. il faut encore dire que, à 3.600 m d'altitude, c'est con, mais on manque d'air. Ça donne un peu l'impression qu'on fait beaucoup d'efforts pour respirer et que les poumons n'aspirent rien. Pour moi, cette balade s'est traduite par un bon coup de fatigue à l'arrivée, et un toujours aussi brave mal de crâne. Après une petite sieste, un tisane de coca et de .. (je me souviens plus le nom de cette herbe que les gens d'ici utilisent contre le mal, je sais qu'elle pousse au-dessus de la lagune, et nécessite donc quelques heures de marche), tout est rentré dans l'ordre. En même temps ça m'a rassurée d'apprendre que les vigognes aussi prennent le mal, elles "s'apunent", notamment lorsqu'ils organisent leur capture pour les tondre : avec l'affolement, elles se mettent à courir comme des dératées, et forcément l'organisme suit pas toujours. Mais rien de grave.

Bref, après le retour à Catamarca, nous sommes repartis pour un chantier à Buenos Aires, avec la même équipe qu'à l'hôpital Posadas début février. Bon, pour tout avouer, j'ai jamais vu une fouille aussi désastreuse, s'ils arrivent à tirer une quelconque information de ce travail, c'est qu'ils ont beaucoup, beaucoup d'imagination. Aucun plan de travail, des responsables qui ne sont pas disponibles sur le terrain parce que impliqués dans un tas d'autres choses, d'autres qui viennent à tour de rôle et un peu quand ça les chante, un manque total de circulation de l'information, voire de méthode. Le principe de ce type de fouille est qu'elle est ordonnée par la justice dans le cadre des mises à zéro des compteurs de la dictature, où l'on tente d'inculper ceux qui doivent l'être et de rétablir un peu de vérité. De fait, en ce moment a lieu le procès de l'un des militaires au pouvoir en 75-80 et c'est curieux mais un des témoins de la partie civile est porté disparu depuis maintenant 12 jours. Et 2 des juges en charge du dossier ont reçu des menaces de mort. Comme quoi, rien ne se termine jamais. Donc, des fouilles de ce type se déroulent en plusieurs endroits du pays, et notamment à Tucuman où un groupe de jeunes archéos est super actif autour de la fouille d'un puits. J'en dirai pas plus, je voudrais pas qu'il m'arrive des aventures.

Légalement parlant, c'est un sytème assez lourd, mais il faut savoir se protéger, et se méfier. Donc, voici en gros le mode de procédure des archéos de Tucuman : pas de fouille sans la présence d'un 'expert' chaque jour sur le terrain. Un 'expert' (perito) est une personne licenciée en archéologie (5 ans d'études). Au cas où l'expert présent n'est pas diplômé en archéologie, il devra être accompagné d'un archéologue qui, même s'il n'est pas diplômé, doit présenter les compétences pour gérer le travail. En plus de cet expert, chaque jour sont designés 2 témoins parmi les membres de l'équipe : les 3 personnes signent un acte officiel matin et soir en présence d'un officier de la justice de garde sur le terrain tous les jours. Chaque objet découvert est enregistré selon divers modes, selon qu'il s'agit d'un objet ne concernant pas la cause, pouvant concerner la cause, ou d'une preuve. Dans le cas d'une preuve pour la cause, le chantier est arrêté, le juge prévenu. Tout travail est stoppé jusqu'à ce qu'il soit présent en personne ou représenté par un autre membre de la justice. Alors, en présence des 2 témoins, du juge, de l'expert responsable du jour, on procède aux prises de photos, dessins, relevés puis à la dépose de l'objet. Une fois l'objet déposé (prélevé), on le place dans une enveloppe, scellée et signée par les 4 personnes mentionnées. Les objets sortis sont stockés dans un dépôt provisoire toute la semaine, et chaque vendredi apportés dans un autre lieu protégé.

Vous aurez compris que c'est pas le genre où on rigole tous les jours. Sachant cela, moi j'arrive au Vesubio en me disant que les militaires vont m'assassiner à la première occasion. Faut pas rigoler avec ça. J'imagine que si les archéos de Tucuman s'imposent un cadre si strict, c'est bien pour couper court à toute tentative des militaires d'invalider les preuves. Et bien au Vesubio, rien de tout cela. Il y a bien des experts, mais la plupart du temps ils ne sont pas sur le terrain. Il fait preciser que le statut d'expert donne droit à des indemnités.. bref, pas d'expert, travail 4 jours par semaine parce que tous les jeunes qui viennent sont partout et nulle part (surtout). Ensuite... et bien.. pas d'US, mais des Unités de Provenance : en gros on cherchait à definir le plan de la maison, pour le recouper avec les témoignages de survivants, et donc qu'est-ce qu'on fait ??? Facile, on ouvre en suivant les murs, intérieur / extérieur on melange sans souci, c'est facile avec les altitudes on peut tout retrouver après !... j'avoue que je suis loin d'être convaincue. Et moi, vous me connaissez, je vois pas bien l'intérêt de fouiller à la truelle une maison déjà détruite, puis fouillée au bulldozer, et dont on connaît a priori les proportions et le plan, quand on a à disposition des pioches et des pelles. Et j'irai jusqu'à dire que je vois pas l'utilité de le faire moi-même quand je peux demander à 5 ouvriers de la mairie qu'ils le fassent sous mes yeux. Depuis que j'ai vu les merveilles que peuvent faire les mecs qui manipulent les bulldozers, et que j'ai aussi vu les employés de la mairie de Potosi avec une pelle.. ils te font un truc que plus horizontal tu verras jamais de toute ta vie. Bref, comment perdre du temps pour faire ce qui ne necessite pas le savoir-faire ou la technique, ou le cerveau d'un archéo mais les muscles d'un ouvrier. En gros vous l'aurez compris, un chantier de merde. Mais on apprend toujours.

Heureuse d'en être partie. Et de retrouver mes dessins, un peu moins, mais je termine. Ma base de données se remplit, en attendant la traduction de l'anglais vers l'espagnol. La page web de Laguna Blanca, est aussi en cours de traduction, cette fois de l'espagnol vers le français, comme ça vous pourrez tous y aller sans problème.. enfin, je crois que j'ai pas bien mesuré l'ampleur de la tâche, vu qu'il y a pas mal de pages..j'espère terminer pour décembre... et oui, j'ai laissé le travail en suspens pour venir en vacances en France, quelques semaines. Je viens pour un contrat en préventive à Perpignan. Avis aux entendeurs........


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sab 08/03/2009 22:07

Curieux quand-même les hasards et coïncidences... on dira souvent que le hasard n'existe pas. C'est au Vesubio qu'a été détenu et disparu Hector Oesterheld. Oesterheld est un scénariste / dessinateur de BD argentin, très connu en Argentine pour son excellent Eternaute.Et chez nous, surtout connu pour les albums de Ernie Pike créés en collaboration avec Pratt (et Ticonderoga, Sergent Kirk, Ray Kitt, Lord Crack). Pratt qui était presque l'unique raison de ma venue en Argentine. Hasard vous dites ?