Au plaisir de Catamarca

Publié le par sab


    Alors, j'ai commencé un petit portrait de ma chère ville, Catamarca, et sur ma lancée, je résiste pas à l'envie insoutenable de vous faire partager les autres petits détails qui font que vivre ici, c'est la galère, pour ne pas dire la croix et la bannière.. Ce sont toujours des aspects des choses qui m'amènent irrémédiablement à penser : Mais pourquoi il faut qu'ils compliquent autant les choses ??

    Par exemple. Un exemple au hasard : vous êtes française, et ô joie, votre copine boïenne (ça ça vaut bien une question au Jeu des 1000€ : dans quelle ville vivent les Boïens ?) a résolument décidé de vous faire plaisir et vous a envoyé un colis de souvenirs de votre terroir.. Ô joie ?? Oui, après les formalités... Je vous parlerai du cas Catamarca, parce que n'ayant pas fait l'expérience dans le reste du pays, je ne sais pas (et j'espère vraiment que non) si c'est partout pareil.. Enfin, voilà : pour recevoir un colis de l'étranger, à Catamarca, il faut le passer par la douane. Mais la douane, c'est pas tous les bidules nuls qu'il y a dans tous les aéroports internationaux du monde, non, c'est pas ce par quoi mon colis est déjà passé au moins deux fois entre Paris et Catamarca. Non, la douane, à Catamarca, c'est Monsieur le Douanier. Monsieur le Douanier qui a certainement bien mieux à foutre de sa vie que de venir ouvrir de stupides colis à La Poste (Correo) centrale de Catamarca. Alors Monsieur le Douanier, comme c'est un homme qui n'aime pas s'ennuyer, et qui est très occupé, il vient deux jours par semaine à Catamarca. Et comme, vraiment, il est très très occupé, il ne vient pas plus de 2h ces 2 jours-là. Monsieur le Douanier de la Poste de Catamarca, il travaille à des choses beaucoup plus passionnantes, alors il vient ouvrir nos colis le mardi et le jeudi entre 10h et 12h. Première chose donc : faut vous arranger pour n'avoir rien de prévu une des ces deux matinées-là pour pouvoir aller chercher votre colis.
    Mais je me rends compte que j'ai oublié de commencer par le début : quand votre colis arrive, c'est monsieur le facteur qui vous apporte un bon pour aller retirer votre colis. Moi j'habite l'avenue Ricardo Balbin SANS NUMERO (c'est écrit comme ça officiellement)... et vous croyez quoi ? Ben le facteur il apporte pas les bons chez moi. Je dois DE-VI-NER que j'ai reçu un colis surprise. C'est un des avantages de vivre à Catamarca. Y'en a pleins d'autres mais celui-là c'est mon préféré : deviner quand quelqu'un vous a fait une surprise. C'est pas évident, c'est sûr. Mais on s'habitue à tout (même au pire, comme disait l'oncle Jacques). J'avoue que ça serait pas complètement drôle non plus, si je vous disais pas qu'après un mois d'attente à la Poste, votre colis, si vous n'avez pas deviné la surprise, est renvoyé à l'expéditeur. Ben oui, sinon c'est trop facile !
    Enfin, vous avez réussi à vous libérer une matinée, disons mardi matin. Evidemment, vous seriez drôlement stupide si vous aviez cru que comme Catamarca est un bled paumé, personne ne reçoit ni n'envoie de colis internationaux.. Oui oui, ça ça serait stupide. Il y a 6 autres personnes qui attendent, comme vous, que le douanier ait la surprise de voir ce que contient votre colis surprise. C'est long, l'attente. Toujours. Mais là, c'est votre tour. Vous avez passé l'heure précédente à insulter ce con de douanier qui passe 20 minutes avec chaque crétin de catamarcais pour ouvrir des colis de merde. Mais là c'est votre tour. Et vous êtes tellement contente, que vous en oubliez presque tout. Ca c'est l'effet "passage de porte" (oui, parce que vous attendez dehors, ça sert à quoi un grand bureau si c'est un bled paumé ?) : à la sortie tout vous reviendra en mémoire. Vous passez donc la porte : une personne assise derrière un petit bureau, une personne assise derrière un grand bureau. Vous donnez votre bon (que par hasard, vous avez trouvé glissé sous votre porte). Mais ça marche quand-même si vous avez pas le bon.. Sur une petite table, dans le petit bureau, les colis sont étalés. Une quinzaine. Un par un le douanier les révise : ça ressemble à ces exercices pour tout petits .. : remettez ensemble les mêmes textes. Comme vous, vous connaissez La Poste française, vous avez reconnu l'emballage du Colisimo, charitable vous voulez épargner au douanier la révision de tous les colis. Mais non, c'est un fonctionnaire méticuleux. Il vérifie tout. Vous rongez votre frein jusqu'à ce qu'il arrive enfin à votre colis, et dise : "Sabine D.... oui il est là". Là il vous demande vos papiers d'identité. N'importe qui aurait pu se procurer le bon du facteur que vous avez trouvé glissé sous votre porte. Faudrait pas refiler tous vos thés et chocolats au premier pelé venu.
C'est bien vous. Le bon, le colis, et votre passeport ont, miracle, tous les trois les mêmes nom et prénom. Parfois c'est fou les coïncidences.
    Et là.. intervient l'employée renfrognée du petit bureau. Faisait pas juste de la figuration. Elle, elle est employée de la poste. Elle elle remplit les petites cases du formulaire de retrait. Vous lui donnez votre passeport. Et votre adresse. Et votre numéro de passeport (sait pas lire..). Et votre signature.
Pendant ce temps-là, monsieur le Douanier vous demande la permission d'ouvrir votre colis surprise. Auparavant, il vous a bien entendu questionné sur le contenu du colis surprise. La solution la plus efficae : "aucune idée". Et il commence à tout déballer.. et on touche pas !! C'est encore en territoire douanier, faut que tout re-rentre dans le colis et que celui-ci atterrisse dans mes mains pour que ce soit enfin à moi. Monsieur le Douanier est méticuleux : il regarde, tâte, sent tout. Vérifie que tout est acheté dans le commerce, empaqueté, scellé. S'il est content, vous aussi.
    La dernière fois, cependant, j'ai encore appris une nouvelle modification des règles du jeu.. oui parce qu'ils s'ennuient souvent les Argentins, alors ils modifient de petites choses par-ci par-là, histoire de changer la routine. En décembre 2006, j'ai reçu des livres.. le douanier en service à l'époque m'a dit qu'il fallait payer une taxe sur l'importation de livres qui ne sont pas en langue espagnole... mais comme on approchait de Noël, il a été généreux et ne m'a rien fait payer. J'ai longtemps cherché une explication logique à une taxe sur des livres en d'autres langues que la nationale.. j'ai pas trouvé, mais peut-être parce que j'ai cherché quelque chose de logique.. J'accepte toutes les idées qui pourraient vous venir à l'esprit à ce sujet.
    Enfin, la dernière fois donc, Monsieur le Douanier me dit qu'au-delà de 25 dollars de marchandises, il faut payer une taxe d'importation. Vous calculez à peu près combien ça fat, disons 20 € ?? Un DVD ou deux ? Un livre ou deux ? Je m'indigne, le soudoie à coups de Speculoos, fais montre de mon réputé mauvais caractère, et Monsieur le Douanier me dit que pour cette fois-ci, on dira que c'étaient seulement des bonbons et ça passe. Pour un colis dont le contenu annoncé était de 50€ (oui, y'avait beaucoup de Speculoos...), la taxe était de 85 pesos (soit environ 17€). Et me voilà, enfin dehors, après près de 2 heures d'attente, avec un reste de Speculoos, et la sensation de satisfaction pour avoir reçu mon colis..
    Ca, c'est ce qui m'arrive chaque fois que je reçois un colis.

    Maintenant, comme je suis pas malhonnête, moi aussi je lui envoie des colis à Emily. Je lui mets les bidules qu'on peut fabriquer/cuisiner/rencontrer à Catamarca. Alors, pour envoyer, c'est le même scénario : il faut se libérer une matinée. Voilà, jeudi matin, 10 heures, je suis avec mon colis devant la porte du service des douanes, dans le hall d'entrée de la Poste centrale de Catamarca. Parce que j'ai pas précisé, ça me semblait clair, mais je vais quand-même le faire : vous pouvez pas aller dans n'importe quel bureau de poste, on vous a déjà dit que Monsieur le Douanier est un homme oc-cu-pé. Vous devez aller à la Poste centrale qui, comme son nom l'indique, se trouve dans le centre-ville (d'où les associés : parking, paiement, temps de stationnement, trouver une place, etc.).
    Mais vous êtes là et vous êtes première. Ca c'est crôlement de la chance ! 10h10, l'employée renfrognée arrive, suivie du douanier. Vous entrez à leur suite. On vous reçoit avec un "attendez dehors, on vous fera signe". Un instant, comme quand-même vous avez quelques gènes de blonde, vous vous dites : "Y'a quelqu'un avant moi ??". Passé le doute, non, faut juste attendre qu'ils se familiarisent avec leur bureau. C'est que depuis mardi, ça fait déjà un temps qu'ils y sont pas entrés, alors forcément... faut retrouver ses repères. 5 minutes après, les repères sont là, le bureau a toujours les mêmes latitude et longitude, la même peinture décrépie. Vous entrez, avec votre colis ouvert. Pourquoi ouvert ? Ben parce que votre colis faut qu'il passe par la douane.
Mais la douane, c'est pas tous les bidules nuls qu'il y a dans tous les aéroports internationaux du monde, non, c'est pas ce par quoi mon colis passera au moins deux fois entre Catamarca et Paris. Non, la douane, à Catamarca, c'est Monsieur le Douanier. Monsieur le Douanier qui, lentement, tanquillement, déballe tout ce que vous avez eu un mal fou à accomoder pour que ça rentre dans une putain de si petite boîte. T'aurais pas pu mettre une boîte plus grande quand-même ? Ben non. Parce qu'à la Poste de Catamarca, comme en France, on paye les envois de colis au poids. Mais on les paye aussi selon les dimensions. Ca ça rentre dans la rubrique "pourquoi faut-il que ça soit toujours si compliqué ?" mentionnée plus haut.
    Enfin, donc, il déballe tout, et vous essayez de dissimuler que vous devenez verte à l'idée de penser que "merde, ça re-rentrera jamais tout, chais même pas comment j'ai fait pour que ça rentre la première fois...".
Monsieur le Douanier est méticuleux : il regarde, tâte, sent tout. Vérifie que tout est acheté dans le commerce, empaqueté, scellé. S'il est content, vous aussi. Il vous demande de remplir le petit formulaire d'identité du colis : contenu, votre adresse, l'adresse du destinataire, valeur totale de la marchandise, poids du colis. Poids du colis ? Vous l'avez pas pesé, évidemment. Sortez du bureau de la douane, à l'accueil de la poste, y'a une balance. Demandez qu'on vous le pèse. Revenez pour dire au douanier le poids de votre colis. Après vous passez avec l'employée renfrognée : remplir pour les registres de la poste.. Bref, votre colis plaît à Monsieur le Douanier. Maintenant faut le fermer. Vous pouvez pas venir avec votre scotch, votre marqueur et faire un super colis bien fermé. Ca non. Vous devez sortir du bureau de la douane, sortir de la poste, traverser la rue et entrer dans la papèterie d'en face. Là, ils sont bons. Ils vous emballeront votre colis avec du papier craft, l'entoureront de ficelle et lui mettront deux scellés (dessus-dessous). Ils sont si bons qu'ils peuvent même vous prêter un marqueur pour écrire l'adresse d'Emily. Tout ça pour 6 pesos (1€ et quelques).
Vous retraversez la rue, entrez sans faire la queue. Faut pas abuser non plus. C'est bien, c'est fermé.        
Monsieur le Douanier vous donne le formulaire d'identité de votre colis. Vous devez aller envoyer votre colis à la poste. Allez faire la queue aux guichets de la poste. C'est votre tour. Généralement j'envoie autour de 2,5 kg, et ça me coûte autour de 85 pesos (environ 17€). La dame est bonne. Elle enregistre votre colis et vous rend la copie du formulaire d'identité de votre colis. Avec ça, vous retournez voir Monsieur le Douanier. Sans faire la queue, ça va bien. Et vous lui rendez votre petit papier. Voilà, c'était la dernière formalité pour l'envoi de votre colis. Ca vous a pris plus d'1 h 30. Vous espérez qu'Emily va vous envoyer un autre colis bientôt, mais pas trop...

Publié dans ma vie - mon œuvre

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