Mœurs catamarcaises : la route

Publié le par sab


Je vous avais fait part de mes premières impressions argentines il y a quelques temps, et d'un ambitieux billet sur les 
mœurs argentines, et de quelques anecdotes à la sauce locale (ah, mon facteur... et notre fabuleux service postal). Ma prétention ayant diminué, et ma connaissance du territoire argentin restant plus que limitée, je me contenterai de vous dresser un tableau réaliste de la société catamarcaise.
Je pense sincèrement que si vous n'êtes pas prévenus, à Catamarca, voire même peut-être en Argentine, vous risquez votre vie si vous vous approchez trop d'une route. D'abord, une information importante, histoire de planter un cadre : il n'y a pas de politique nationale en ce qui concerne la sécurité routière en Argentine, ce qui veut dire que chaque ville, dans chaque province, gère son affaire comme bon lui semble. Nous avons de la chance, la ville de Catamarca dispose d'un examen pour le permis de conduire des plus stricts (m'a-t-on dit, maintenant, allez savoir...). Evidemment nous sommes dans le Tiers-Monde, et vous aurez vite fait d'apprendre qu'il y a toujours une solution à vos problèmes, ou aux petites tracasseries que cherchent à vous imposer les lois ou l'Etat. Donc, la ville du Rodéo, à environ 35 km de Catamarca, a décidé que l'examen n'était qu'une formalité comme une autre, et n'exige rien de bien compliqué. Que du simple. Bref, si vous voulez avoir votre permis, allez donc au Rodéo, c'est la porte à côté, et on vous embêtera pas avec le code de la route ou des stupidités du genre.
De là, vous imaginez bien à quoi ressemble le monde de la route à Catamarca : n'importe quoi.
D'abord, sachez que le centre-ville est de plan orthogonal, et que la plupart des rues sont à sens unique, alternativement dans un sens et dans l'autre. J'ai mis beaucoup de temps à comprendre que les rues étaient à sens unique, ce qui me valait de grosses frayeurs à chaque carrefour, mais finalement il m'a semblé comprendre qu'aux croisements, celui qui arrive le plus vite passe en premier. Daniel m'a quand-même précisé un jour qu'il existait une priorité à droite, mais je ne crois pas que les autres habitants de la ville le sachent... Enfin, idem pour les ronds-points, c'est priorité à droite, sauf quand l'autre conducteur ne le sait pas.
Ensuite, dans les rues à double sens, il est tout-à-fait possible de doubler en utilisant les voies contraires si toutes les voies dans votre sens sont occupées, bande blanche ou pas. Évidemment, il convient de toujours rouler sur la voie de gauche, de façon que les autres conducteurs accélérés puissent vous doubler par la droite.
Je ne sais pas s'il est besoin de le préciser, mais le clignotant ne sert à rien, d'ailleurs je pense que la plupart des gens ne sait ni où il se trouve, ni à quoi il sert.
De même, dans une rue à double sens, si vous souhaitez tourner à gauche, surtout surtout ne vous mettez pas le long de la bande centrale, avec votre clignotant allumé, en attendant que passent les voitures qui viennent en sens inverse... non non non malheureux !! vous risquez de vous faire klaxonner, appel-de-pharer et très certainement insulter, qui plus est si votre passager est catamarcais(e). Pour tourner à gauche, la man
œuvre est simple : sans clignotant, stationnez sur le bas-côté. Quand toutes les voitures ont disparu de votre champ de vision, alors vous pouvez traverser les voies et tourner dans votre rue. La première fois que j'ai entamé une manœuvre normale, Daniel est devenu quasi hystérique et m'a dit que c'était très dangereux et que je pourrais provoquer un accident, etc.
Vous pouvez stationner presque partout, sauf devant les écoles, et les postes de police. La ceinture de sécurité et le casque ne sont pas obligatoires... enfin, si, y'a des panneaux pour le rappeler, mais personne ne les utilise, et si vous vous faites contrôler par la police ils ne sourcilleront pas.
Quand vous stationnez, vous le remarquerez peut-être pas, mais il y a forcément quelqu'un qui vous observe. Cette personne, je lui ai donné un nom : elle s'appelle le parcman. Oui, chez nous on a des horodateurs, anciennement parcmètres. Sachez qu'en Argentine, tout ce qui peut être mécanisé est humanisé... tant mieux pour eux, ils ne se retrouvent pas à payer leurs courses dans les supermarchés à une machine.. Bref, le parcman vous observe. Et quand subrepticement vous voulez filer, il vous tombe sur le râble : le parcman est toujours aux aguets. Et il vient toucher son dû : 1,5 $ (0,3 €)
pour une heure de stationnement. Alors vous le remarquez : il porte une banane (ce truc beauf à la ceinture), souvent une casquette, et un carnet dans les mains, où il a noté que vous êtes arrivés il y a 46 min et que votre Jeep est immatriculée XYZ123. Rien de tel qu'un bon travail manuel.. A Mar del Plata, il y a aussi d'autres parcmen, ceux qui vous aident à stationner et sortir de votre place (ils coupent la circulation pour vous permettre de sortir de votre stationnement sans devenir tout rouges et insulter tout ce qui bouge), ceux-là portent généralement un foulard orange qu'ils agitent et souvent un gilet fluorescent de la même couleur. A Catamarca nous n'en sommes pas encore arrivés à ce degré de complexité...
Il est fréquent de circuler à deux personnes par moto, même si on peut  y compter jusqu'à 5 personnes (petit dernier y compris) entassées.. savent ce que c'est la bonne mécanique... évidemment ça a son côté drôle, et son côté moins, qui est que la majorité de la population est trop pauvre pour se payer une voiture ou une seconde moto. On transportera donc en moto : des arbres en pot, des sacs de ciment, des bonbonnes de gaz, le chien avec la patte dans le plâtre, la pelle, la débroussailleuse, etc.
Pour le reste, à la pompe ne vous accélérez pas, c'est Monsieur le pompiste qui vient vous faire le plein, et si vous lui demandez gentiment il vous lavera même le pare-brise, sans faire la gueule.

Enfin, une fois au courant de ces quelques règles de vie, vous êtes parés pour survivre encore un peu ici... !!

<<Lettre ouverte à la junte militaire : Rodolfo Walsh, 24 mars 1977  

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Un toulousain â Cordoba 22/07/2008 02:23

Ah oui, faut préciser aussi que chez le garagiste ou au lave-auto c'est une habitude de garer la voiture dans le parking en laissant la première et sans le frein à main, normal puisque c'est sur du plat. Moi la première fois ça m'a valu de faire un bon en avant d'un mètre en mettant en route la bagnole, qui est allée s'emplafonner contre le mur. Pare-choc et défense explosés alors qu'ils venaient d'etre posés !!! Qui dit mieux ?

sab 22/07/2008 04:24


Non, j'avoue c'est bien.. si si, bien bien. Je crois pas en avoir encore fait une de ce niveau-là, mais on est à l'abri de rien... quoique le coup du bidet... non je me répète...