Equateur : l'enfer industriel ravage l'Amazonie (Survival)

Publié le par sab


"Lidya vit à Rumipamba, le bébé qu´elle a eu en janvier 2007 a vécu trois jours, elle récupère de l’eau de pluie pour cuisiner, souvent grise avec un goût de fumée, c´est l´unique source d´eau pour cuisiner dans un environnement ravagé par l´industrie pétrolière.
L´Amazonie équatorienne était encore intacte en 1960. Face aux estimations de profit des gisements d´or noir, les Indiens ont été déplacés selon les besoins de main-d´oeuvre sans aucun respect, leurs territoires ancestraux détruits, des routes ont été tracées pour acheminer du matériel, des oléoducs parfois brûlants – les enfants s´y blessent en jouant – acheminent le pétrole jusqu´à la mer.
Chevron Texaco a opéré entre 1960 et 1990 sur une concession évaluée à environ un million d´hectares, sur le territoire ancestral des peuples qui habitaient cette région, riche en biodiversité.
Le premier puits, Lago Agrio 1, a été ouvert le 27 mars 1967.
Les techniques de traitement de déchets utilisées par Chevron Texaco en Amazonie ont été interdites au Texas, siège de la compagnie, depuis 1974. Les déchets toxiques sont abandonnés en pleine forêt dans des lacs creusés par la compagnie et souvent recouverts de terre ou laissés à ciel ouvert. Des millions de tonnes d´hydrocarbure sont déversés, un désastre supérieur à la plus grande marée noire connue par les Etats Unis, le 24 mars 1989, provoquée par le naufrage du pétrolier américain Exxon Valdez, dans la baie du prince Guillaume en Alaska.
La région a une importance planétaire vitale : elle est la principale réserve d´eau douce au monde. Les nappes souterraines sont empoisonnées, l´eau est contaminée, l´air est pollué par les cheminées de gaz des raffineries qui brûlent sans arrêt, de jour comme de nuit. Le pétrole constitue 40% du budget national de l´Équateur, il s´agit principalement de pétrole lourd. Son exploitation détruit l´environnement et les habitants de l´Amazonie. Les Indiens Secoya, Siona, Huaorani, Pastaza, Achuar, Shuar, et Kichwa en sont les premières victimes. Dans cet enfer industriel, les Indiens ont développé des maladies inconnues jusqu´alors : cancers, infections respiratoires, maladies intestinales, problèmes cutanés, malformations, fausses couches...
Les nappes phréatiques contaminées par les déchets pétroliers glissent sous le niveau du sol et contaminent les cultures et les plantes. Le poisson pêché dans les fleuves est devenu un poison lent. Se nourrir et se soigner Texte et photos de Natalie Ayala* Equateur : l’enfer industriel ravage l’Amazonie sainement dans cet environnement est impossible.
Les communautés s´organisent pour répondre aux soins de première urgence, leur savoir traditionnel étant devenu inefficace. Le voyage vers la capitale, Quito, pour soigner un cancer est cher et les familles ne peuvent pas toujours assumer ces dépenses coûteuses. Il faut aller dans les villes pour trouver un hôpital, même si quelques infirmière exercent, en manque de moyens, dans les territoires difficiles d´accès.
En 1993, Maria Aguinda, originaire de Rumipamba, un village kichwa de la forêt de 350 habitants, a déposé la première plainte contre Chevron Texaco, car 19 personnes de sa communauté souffraient de maladies nouvelles et inconnues. Le premier pas d´un procès qui compte aujourd´hui 30 000 plaignants et qui a conservé son nom : ‘Maria Aguinda et autres contre Chevron Texaco’. Après 15 ans de procédure, les familles épuisées attendent le verdict qui doit être prononcé par la justice équatorienne en 2008. Les menaces de Chevron Texaco et le dédain face aux victimes atteignent leur apogée ces jours-ci. ‘Frente de Defensa de la Amazonia’, l´ONG équatorienne qui regroupe les témoignages des familles fait face aujourd´hui à des campagnes de dénigrement organisées par Chevron Texaco et certains de ses membres reçoivent même des menaces de mort. La réparation demandée à la compagnie américaine est estimée à 6 milliards de dollars. Ce procès fera jurisprudence au niveau international pour établir de nouvelles mesures concernant l´exploitation pétrolière."

Textes : Natalie Ayala. Source : Nouvelles de
Survival n°67, avril 2008.

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