Uyuni : Du sel, rien que du sel

Publié le par sab


Après une nuit trop courte à mon goût, dans une petite auberge d'Uyuni, on redécolle.









Jonny était venu rendre visite aux gens de Colchani, à la limite du Salar, pour monter un musée du lama et du sel. Petite réunion pour présenter le projet. J'en profite pour apprendre un peu comment on lance un musée, côté technique. Tout est prêt, ne manque que l'aval des villageois.


Après l'étape Uyuni, direction Atulcha par le Salar. Près de 2 heures de route à travers l'infini blanc. Les salares sont de vastes salines correspondant à d'anciens lacs salés qui se sont asséchés au cours du Quaternaire.

"Dans le Salar de Uyuni, le nombre de jours de pluie est très inégal selon les années mais peut varier de 1 à 40. La moyenne annuelle des précipitations relevées sur une durée de 6 ans est la plus basse de l'Altiplano, avec à peine 150 à 160 mm. Le Salar est une zone très dangereuse à traverser pour qui ne connaît pas : pas de repères d'orientation, et des températures très en-dessous de 0°C en hiver. Et bien-sûr, pas d'eau.

Alonzo Barba (1640) : "La traversée de cette vaste plaine présente de grands dangers, pour la vue, car la blancheur provoquée par la réflection du soleil sur cette étendue cristalline peut rendre aveugle si l'on n'a pas pris soin de se protéger les yeux avec des fichus noirs, mais aussi pour la vie, car il est arrivé que le promeneur et son attelage s'y enfoncent sans que l'on ne retrouve jamais le signe ou la trace de leur passage."

Caravane de lamas, Laguna Blanca (Catamarca, Argentine). Un lama peut charger de 40 à 45 kg. Photo InIP-UNCa.

"Les caravanes de lamas transportant le sel devaient donc se préparer en conséquence : on bandait les yeux et les pieds des lamas, et les hommes, encore aujourd'hui, se couvrent le pourtour des yeux de charbon."
Caravane de mules transportant le sel de Laguna Blanca à Aguas Amarillas (2 jours de voyage retour. Catamarca, Argentine), en 2000. Le père fait ses derniers voyages pour enseigner à son fils la route et les ficelles. Photo InIP-UNCa.

"Cette zone possède l'un des taux de rayonnement solaire les plus élevés de la planète. A cette altitude, les possibilités d'évaporation sont énormes de par la raréfaction de l'air et le peu d'humidité ambiante. La chaleur ne se diffuse que dans les couches superficielles du sol en raison de la sécheresse accrue. Au cours de la saison sèche, surtout en mai-juin, les amplitudes thermiques peuvent être énormes : en 1946, 25°C le jour, -26°C la nuit... La moyenne annuelle des températures enregistrées pour le département d'Oruro (au Nord du Salar) n'atteint pas les 10 degrés et rares sont les années où il ne gèle pas quelques jours en décembre, quand le soleil est au solstice d'été."

La plupart des maisons d'ici sont d'adobe, les toits dans cet espèce de pisé recouvert de paille. Ils piétinent cette terre argileuse, humide, mêlée à de la paille, l'étalent et la font sécher 2-3h sur le sol avant de la découper en bandes de 2-3cm d'épaisseur. Ils la roulent ensuite afin de la transporter et d'en recouvrir les charpentes. Charpentes qui sont, souvent, faites de cactus (cardón) et de cuir (traditionnellement de lama).


"Le cactus de l'espèce Card
ón donne des fibres qui, une fois coupées et séchées, durcissent considérablement et acquièrent avec le temps une très grande résistance, souvent comparable, voire supérieure à celle du bois. La qualité des fibres dépend de la façon dont il sera découpé et préparé : le tronc sera attaqué en section directe ou transversale selon l'utilisation que l'on en fera. Aujourd'hui, le cactus est généralement abattu à la hache, puis abandonné plusieurs mois sur place afin de le laisser sécher. Dépourvu de ses épines, le squelette est employé, dans les contructions, comme poutre porteuse ou comme panne. Fragmenté, il est utilisé pour la fabrication d'objets ou de panneaux. Les épines extérieures servaient d'aiguilles et d'agrafes pour fermer les sacs ou accrocher des vêtements.
Le cuir des camélidés est découpé en fines lamelles qui sont ensuite humidifiées et attachées solidement. En séchant, elles durcissent et acquièrent une très forte résistance."

 

Nous avons logé là dans un hôtel de sel : les habitants extraient à la hache des blocs de sel d'une dizaine de kg qu'ils utilisent ensuite pour la construction, le tout solidarisé grâce à un mortier de sel humide qui, en séchant, devient aussi dur qu'un mortier traditionnel.


Blocs de sel (dans la cour de la maison de Pablo..shhhht..).





Muret. "Les murs pleins sont exceptionnellement employés sur les terrains cultivés, en pente, car ils constituent des barrières à la circulation de l'air froid descendant des versants la nuit et donc favorisent la formation de lacs d'air froid très nuisibles aux cultures. Ils sont parfois associés à des arbres, des bocages, dont le but est de modifier le microclimat en réduisant les risques de sécheresse et l'excès de rayonnement solaire et ses conséquences (déficit hydrique, perte d'énergie)."

Atulcha. Ici notez sur l'arête du mur une couche de branchages destinés à empêcher moutons et lamas de passer par-dessus pour entrer déguster les jeunes pousses de maïs, quinoa, ou fèves.


Atulcha est aussi un village du bout du monde, mais plutôt vers le haut...3.600 m et pas mal de poussières. Ici ne passent que les 4x4 des gringos qui viennent visiter le Salar. Arrivent en fin d'après-midi une cinquantaine de personnes par groupes de 5, et c'est l'enfer sur terre. Le soir, 2 heures d'électricité puis la lueur des bougies.. et enfin, le matin tout ce petit monde repart, en route pour l'aventure, le cul dans sa caisse. J'ai passé 4 jours à regarder arriver ces touristes endimanchés, avec douleur, et à les voir partir au petit matin, dans une espèce de bonheur tout-à-fait égoïste. Parce que le dernier gringo parti, ne reste plus que le silence du désert.

 

Les textes (en italique) en relation au climat ou traditions de Uyuni sont extraits de : Uyuni préhispanique, de P. Lecoq, BAR International series.

Vue du Salar depuis les coteaux près d'Atulcha, au premier plan des cardons, et au milieu du Salar, la Isla del Pescado.


Parce que je le vaux bien...



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Publié dans ma vie - mon œuvre

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sab 16/12/2008 14:07

et par là :
http://www.canalplus.fr/index.php?pid=2226
un reportage de l'Effet Papillon (Canal +) sur l'exploitation de lithium

sab 16/12/2008 14:32


Bon, après l'avoir visionné, quelques remarques : le type qui fait le commentaire n'a jamais appris l'espagnol à l'école, les auteurs sèment à tout bout de champ des conneries plus grosses qu'eux
(visiblement ils savent pas que la Pampa est une région argentine, et que du coup c'est difficile que des paysans boliviens viennent de 'la pampa la plus reculée').. et puis en tant
qu'archéo ça me chagrine de voir qu'ils en remettent une couche sur cette fausse idée très savamment cultivée que les Espagnols sont les premiers à avoir exploité les mines de Potosi (c'est pas un
brin colonialiste, ça, dire qu'avant l'arrivée des Espagnols les Incas et elurs prédécesseurs ne savaient pas exploiter leurs ressources ????)... enfin, un dialogue entre 2 boliviens ne sera
jamais, JAMAIS, à la deuxième personne du singulier : rares seront les occasions où vous verrez 2 personnes se tutoyer (sauf s'ils sont amis évidemment).. par exemple, à Laguna Blanca (oui c'est en
Argentine, mais le monde andin est plutôt cohérent), les habitants se vouvoient tous entre eux, même les plus jeunes, et même les membres d'une même famille.. sur un si court reportage faire autant
de bourdes, ça en devient presque.. intéressant : le font exprès ou c'est du pur désintérêt ??
Pour le reste, j'espère qu'on va trouver un moyen de protéger la zone, parce que Bolloré c'est pas le meilleur avenir qu'on puisse souhaiter à Uyuni, même si le pays a besoin d'un gros coup de
pouce économique...
Et re- par là, un article sur les voitures électriques
et les batteries au lithium, sur le blog des Clean Techs. On s'informe.


sab 16/12/2008 14:02

Les ressources limitées de lithium pourraient freiner l'essor des voitures électriques
Article publié le 08 Octobre 2008
Par Hervé Kempf
Source : LE MONDE

Extrait :
Des véhicules électriques et hybrides sont équipés de nouvelles batteries. Mais le métal qu'elles utilisent est peu abondant et concentré dans les Andes et au Tibet. La Bolivie sera-t-elle le Dubaï de 2050 ? Si les voitures électriques ont un grand avenir, peut-être. En mars, le président bolivien, Evo Morales, a signé un décret de création d'une usine d'extraction du lithium sur le lac salé fossile d'Uyuni. Et en septembre, le groupe Bolloré faisait savoir qu'il négociait un accord de fourniture à long terme du lithium bolivien, dans la perspective du lancement de son modèle électrique, la Blue Car.