Re-Les produits résineux (la fin, donc)

Publié le par sab

IV- LES PRODUITS RÉSINEUX ISSUS DU PIN MORT
A – Permanence et actualité de la production.
Nous avons déjà évoqué, en introduction, la « poix-goudron » et quel­ques-unes de ses utilisations, mais avant d'aller plus loin, il nous faut rendre hommage à M. Erasme Loir dont la thèse sur «L'industrie de la résine dans les Causses à l'époque gallo-romaine», soutenue devant la faculté de Pharma­cie de Montpellier en 1940, reste l'ouvrage de référence, très souvent cité bien que rarement lu dans son intégralité. En effet, après avoir relevé chez les au­teurs anciens Théophraste, Pline, Dioscoride, Galien entre autres, tous les textes mentionnant la poix-goudron, il a dressé un tableau précis des produits et de leurs utilisations afin d'illustrer, ce qui est l'essentiel de son ouvrage et dont nous reparlerons, la description des techniques de fabrication que lui-même et Louis Balsan avaient étudiées grâce à des découvertes archéologiques fon­damentales.

Erasme Loir, s'appuyant donc sur des témoignages originaux, distingue, selon leurs procédés de fabrication, trois types de produits : la poix-Iiquide, obtenue par la combustion de bûchettes de résineux dans les «fours» chauffés extérieu­rement ; la poix épaisse quand la combustion se faisait sur des aires sembla­bles à celles des charbonniers et recouvertes de gazon, ancêtres des fours que nous appelons à partir du XVIIe siècle les «hourns de gaze suédois» ; la poix recuite dans une chaudière que nous retrouverons aussi plus tard sous le nom de bray gras. Il faut noter que la distinction entre poix liquide et poix épaisse se perpétue, avec d'autres techniques, dans celle que nous rencontrons aux temps modernes entre "goudron subtil et coulant" d'une part, "poix, pègle ou goudron de caillou" d'autre part.


Ces trois types de poix, liquide, épaisse et recuite, sur lesquelles les au­teurs ne donnent guère de renseignements, connaissaient des utilisations aus­si nombreuses que variées.

Sans revenir sur celles que nous avons déjà signalées, il convient ce­pendant de s'arrêter sur quelques détails qui témoignent de la permanence de ces produits, de leur utilisation et, nous le verrons, des techniques de produc­tion.

-Cette permanence est ainsi remarquable au niveau du vocabulaire : Virgile (1) parle ainsi de mor­ceaux de bois, réunis entre eux et enduits de goudron, utilisés dans les céré­monies nuptiales ; d'autres auteurs emploient, pour désigner ces torches qui accompagnaient les jeunes mariés vers leur domicile, le mot «taeda». Or, en 1778, c'est le mot « tède » qui, dans l'Encyclopédie, désigne le bois très rési­neux propre à faire du goudron. En 1810, le botaniste Thore parle de «bûchettes de tède», partie très résineuse des vieux pins, utilisées pour le même usage (2). De nos jours encore, alors que le mot français correspondant est l'aubier, c'est toujours le terme de tède, directement issu du latin, qu'on emploie dans le massif landais. On utilisait déjà cette expression à Bordeaux en 1336 et, en 1614, c'est en Bigorre, du bois «tiré des pins sauvages par les montagnols» qui sert «en hyver, pour éclairer leurs maisons au lieu de chandelles» (3).

B- L’UTILISATION DES PRODUITS
La poix n'a plus, de nos jours d'efficacité militaire ou juridique comme chez les Romains où les incendiaires (les hérétiques plus tard), étaient enduits de poix et brûlés vifs, ou comme chez les Iroquois du Canada qui, en 1648, mirent à mort le père jésuite de Breboeuf, en l’entourant d’une ceinture d’écorce enduite de poix à laquelle ils mirent feu.

Par contre, c’est dans le domaine de l’étanchéité que la permanence est grande.

L'étanchéité.
La poix, en effet, enduisait toujours, il y a peu, en Pays de Buch, les bâtiments, cabanes, chais, hangars construits avec le bois de la Forêt Usagère, protégeant ainsi le matériau de l'humidité, comme c'était le cas à Carthage dans l'Antiquité et comme ce le fut aussi dans toute l'Eu­rope médiévale.

Les produits résineux servaient aussi à l'étanchéité des récipients, comme les amphores de 27 litres et les urnes de 13,5 litres décrites par Pline (16), mais aussi les outres en cuir et les tonneaux de bois que l'on voit sculptés sur la Colonne Trajane et qui furent inventés par les Gaulois, grands buveurs de bière. Pline, cependant, note qu'en Italie la poix la plus estimée pour les récipients vinaires est issue de l'épicéa, car dit-il, la résine des pins maritimes d'Espagne a moins de valeur, elle est plus amère et son odeur est plus forte (7).

Le poissage des jarres est donc fait par le broyage de 40 mines de poix (la mine fait 100 drachmes soit 350 grammes), une de cire, 8 drachmes de sel d'ammoniaque (28 grammes) et 4 de grains d'encens (17).

On a ainsi pu détecter par archéométrie organique des traces de goudron sur des récipients phéniciens des Ve/IVe siècles trouvés à Beyrouth et servant à stocker des aliments (vins, huiles, miel…).

Cette utilisation s'est perpétuée jusqu'à nos jours puisqu'en 1917, une enquête offi­cielle signale que la colophane est utilisée comme «revêtement des tonneaux de bière» (18). Et à Beliet, à la même époque, c'est par contre la poix noire, gou­dron issu de la combustion du pin mort, qui est achetée pour servir au «colma­tage» des fûts de bière (19). On retrouve encore cette tradition au Moyen Age puisque au XIIIe siècle, le «Livre des Métiers» nous apprend qu'on ajoutait, pour «efforcer la bière…, baye, piment et pois résine». On pourrait encore citer le revêtement interne des gourdes en cuir du Pays Basque, enduit résineux qui donnait un goût au vin tout en assurant l'étanchéité de l'enveloppe.

Pour le moment il n’y a pas de témoi­gnage archéologique de ces utilisations dans la région, le seul vestige connu est la mosaïque de Saint-Romain-en-Gal, dans la Vallée du Rhône, à Vienne, en Isère, qui montre le poissage des jarres à poix ou à huile (20). Cependant, on peut se poser la question suivante : la présence d'ateliers de fabrication de poix à Au­denge, en Buch (21), et à Sanguinet, en Born (22) ne peut-elle être mise en rapport avec le développement du vignoble girondin ? Il en est contemporain, de la même façon que ceux des Causses le sont avec celui des vignobles de la Narbonnaise.

Mais c'est surtout en pharmacopée et dans la construction navale que l'emploi des goudrons, poix et brays gras, a duré le plus longtemps.

La pharmacopée.
Erasme Loir signale ainsi l'épilation grâce à la poix ; c'est donc l'ancêtre des cires toujours utilisées pour le même usage !

Il dit aussi, sans en préciser le but exact, mais on peut supposer que c'était pour raffermir, qu'additionnée de vin bouilli et de fleur de farine, on l'ap­pliquait, en cataplasme, sur le sein des femmes. C'est sous cette forme d'ailleurs, ou bien celle d'onguent, que, pure ou mélangée de cire, elle avait un effet cer­tain sur les maladies de peau (dartres, gale, crevasse des pieds et de l'anus), les ulcérations (hémorroïdes, abcès, furoncles, affections de la matrice ou de la vulve), mais aussi sur les oreilles purulentes (avec de l'huile rosat), la calvitie et les morsures de serpent (avec du sel et de la farine d'orge).

Un autre emploi médical de la poix dans l'antiquité, c'est tout ce qui concerne les maladies respiratoires (affections du larynx, angines, amygdalites) pour les­quelles on la mélangeait avec du miel; les scrofules dont le traitement était original - les rois n'étant pas encore là pour guérir ces écrouelles - puisqu'on la mixait avec de la farine d'orge et de l'urine d'un enfant non pubère; les mala­dies nerveuses enfin.

Ces usages médicaux se sont perpétués : au XVe° siècle, Ambroise Paré utilise des emplâtres constitués de poix liquide et de poix noire, et plus près de nous, en 1880, l'Officine, Répertoire Général de la Pharmacie Pratique, préconise les goudrons végétaux de Norvège ou des Landes pour les gales, lèpres, psoriasis, porrigos, furoncles, catarrhes vésicaux, gastrites et phtisies pulmonaires. A la même époque, le docteur Lalesque préfère aux appareils britanniques «propres à faciliter les émanations goudronneuses» appelés «boîtes à goudron ou goudronnières», les cures libres dans les pins d'Arcachon, sta­tion climatique et médicale réputée pour soigner, grâce aux «senteurs balsami­ques et térébenthinées», les scrofuleux, les tuberculeux et les nerveux (4). Les vieux résiniers de Belin nous ont enfin confié l'action bénéfique de la poix pour cicatriser les plaies occasionnées aux mules par leurs colliers, tandis que ceux de La Teste se souviennent de son utilisation pour extraire les échardes de leurs pieds souvent nus et de son effet bienfaisant contre les rhumatismes.

D'ailleurs, l'officine Durvaut, manuel de pharmacopée, préconise toujours à notre époque le goudron de pin purifié pour les sécrétions bronchiques sous forme de capsules, pilules ou sirops de goudron. Elle mentionne encore les goudronnières anglaises, le recommandant aussi en applications externes contre l'eczéma sec, la séborrhée du cuir chevelu et le psoriasis, ou bien dans les affections des voies urinaires. Quant aux vétérinaires, il leur est toujours con­seillé d'utiliser contre les affections de la peau et les parasites le liquide «fluide, brun et empyreumatique» qui, après la distillation per descensum, surnage au-dessus du goudron.

La poix-goudron fut donc bien un «remède-miracle» de l'Antiquité jus­qu'à nos jours !

La construction navale.
Il en est de même pour ce qui concerne la construction navale où les goudrons, poix et brays gras ont été de tout temps indispensables jusqu'à ce que les coques métalliques, puis plastiques, et les produits chimiques, bien plus polluants que les produits résineux traditionnels, ne viennent les supplanter.

Trois opérations exigeaient, dans les chantiers antiques, l'emploi de la poix.

A l'intérieur de la carène, partie immergée de la coque, on coulait à chaud, souvent avant la mise en place du plancher de cale, du bray épais qui, bou­chant tous les intervalles entre les pièces de bois, assurait, outre le collage, l'étanchéité de l'ensemble. Parfois, pour les bateaux possédant un double bordé ou ceux dont la coque était renforcée par un revêtement de plomb, chose fréquente du IVe au IIe siècle av. J.-C., on glissait entre ces deux parois un tissu de laine, comme sur le bateau de la Madrague de Gien, ou de chanvre, imprégné de goudron végétal, afin d'augmenter l'étanchéité (5). De tels tissus poissés ont été découverts lors de fouilles sur des épaves romaines tant à Chalons-sur-Saône qu’à Marseille. L'utilisation d'étoupe goudronnée pour garnir les joints et interstices des bordages de la coque est d'ailleurs attestée en Egypte, pour les barques de papyrus et pour les bateaux en bois d'acacia, dont les joints étaient colmatés de papyrus gou­dronné, et à Rome où le chanvre dominait. Par contre, chez les Phéni­ciens, dont les bateaux étaient doublés de cuivre, c'était le bitume des régions de la Mer Morte (on retrouve la Bible) qui était employé pour cela.

Enfin, une fois les bateaux terminés, les Grecs, comme les Romains, enduisaient souvent la coque extérieure de goudron végétal et de cire avant de la peindre parfois de couleurs vives.
Ces diverses opérations étaient l'apanage de corporations spécialisées que l'on retrouvait dans tous les ports ainsi que sur les navires car l'étanchéité exigeait une surveillance constante : celle des stuppatores, les calfats, autre­ment dit les poseurs d'étoupe, et celle des unctores chargés de l'enduit exté­rieur (6).

En Buch, cela nous fait penser à la «pinasse», «noire du colta d'autre­fois» que célébrait le poète testerin Gilbert Sore (7), à ce «pinus», comme au­raient dit ses lointains maîtres Virgile et Horace (8), lui aussi «coltaré» comme tout ce qui était en contact avec l'eau. Remarquons au passage que si Gilbert Sore précise «colta d'autrefois», c'est qu'il pense bien au goudron végétal et non au coltar-coaltar, de l'anglais coal, goudron de houille apparu au XIXe siècle.

Ces coques coltarées, brayées, comme on disait à Bordeaux au XVIe siècle (9), devaient être régulièrement raclées et les anciens récupéraient d'ailleurs ce vieux goudron pour, comme l'affirment Pline et Dioscoride, le réduire en poudre, la zopisse, qui servait encore à résorber les abcès.

Mais les coques n'étaient pas les seules à recevoir la bienfaisante poix, voiles et cordages aussi en étaient imprégnés. A ce propos, il faut signaler que Strabon dit que les Turdétains, peuple d'Andalousie, fournissaient la poix à l'lta­lie (10). D'autre part, nous savons que les gréements en genêt d'Espagne, le sparte (du grec sparta qui signifie câble), étaient la spécialité de Carthagène et avaient la réputation d'être imputrescibles : n'étaient-ils point pour cela imprégnés de poix andalouse ?

Ces utilisations maritimes, nous les retrouvons en Europe et dans nos régions jusqu'au XXe siècle, mais nous ne savons pas ce qu'il en était en Buch et Born dans l'Antiquité.

Sans prêter foi aux rêves de Phéniciens venus sur nos rivages chercher poix et résine, ni aux étymologies qui tentent de relier Arcachon, pays de l'Ar­canson ou colophane, avec la ville ionienne de Colophoon qui est à l'origine de ce mot (alors que le lien entre Arquasson et cass-anus évoquant la chênaie pineraie ancienne est beaucoup plus logique), il faut bien reconnaître que nous ne savons pas grand chose.

Des forêts, on l'a dit, existaient. Etait-ce le «saltus vasconiae» de Pline (11) incendié plus tard, on l'a prétendu, par les Barbares ou plus vraisemblablement les forêts côtières sur dunes anciennes paraboliques dont la forêt de La Teste est le dernier vestige important. Peu importe : il y avait des pins, donc de la poix !

Sans s'attacher de nouveau aux célèbres «piceos boios» de Paulin de Nole (12), ces hommes de poix qui vivaient en Buch, les découvertes archéologi­ques confirmées de Losa, à Sanguinet, de Maignan, à Audenge, les traces éparses de fragments de jarres plus ou moins imbibés de goudron, tout témoigne d'une fabrication de la poix en Buch et Born à l'époque romaine. Malheureusement, aucune source littéraire, aucune chronique, aucun témoignage ne vient le confir­mer en dehors de la correspondance entre Ausone et Théon qui fait commerce de poix de Naricie, «naritiamque picem» (13) et parle du bois de tède enduit de goudron utilisé pour la pêche aux flambeaux.

Il n'y a cependant aucune raison pour que les populations qui vivaient dans nos contrées n'aient pas, comme ailleurs dans l'Empire, utilisé la poix-­goudron puisqu'elles se soignaient et construisaient des bateaux, barques et pirogues. Quant au port de Bordeaux, depuis sa création par les Bituriges Vi­visques comme port de l'étain, il devait bien occuper une corporation de calfats. Si tout le laisse supposer, rien ne le prouve et c'est l'archéologie surtout qui nous éclaire. Nous avons pu constater, en effet, en étudiant les techniques connues ou supposées utilisées pour la fabrication en Buch et Born, des analogies avec ce qui se passait, à la même époque, dans les Causses, la Haute Vallée de l'Orb, les Vosges du Nord où des picaria, fabriques de poix, ont été découvertes et décrites.

NOTES
1) E. Loir op. cit., p. I44, voir p. 21.
2) J. Thore. Promenades sur les côtes du Golfe de Gascogne, Bordeaux 1810. B.M. Arcachon.
3) Kurt Baldinger op, cit., p. 399.
4) Dr F. Lalesque., Arcachon, ville de santé, Paris 1919.
5) P. Alfredo Gianfrotta et P. Porney, Archéologie sous la Mer, Paris.
6) Jean Rougé, Les ports romains de la Méditerranée, in Dossier Archéologia n° 29, 1978.
7) Gilbert Sore, «Le parc d'Arams», Une voile sur un pin, ed. Taris, Bordeaux 1965.
8) Horace, Epodon Liber 16-57, Virgile 10-206.
9) J. Bernard, op. cit.
10) Strabon, livre III, chapitre Ibérie, traduction F. Lassère. Coll. Université française 1966.
11) Pline, Histoire Naturelle IV-24.
12) Paulin de NoIe, Carmina X (Epistoloe 3), 233.
13) Ausone, Epître 4 à Théon.

(...)


Pour le texte intégral, consulter : lesproduitsresineux.free.fr
Auteur : Robert AUFAN
56 bd du Pyla
33260 La Teste de Buch

Voir également, du même auteur, le site sur la forêt usagère de La Teste.


Entretien avec Claude Courau, écrivain et ancien gemmeur :

Pouvez-vous tout d'abord nous expliquer ce qu'est le gemmage ?
Le gemmage est une opération qui consiste à "blesser" un pin pour qu'il envoie de la résine afin de cicatriser cette blessure. Le gemmeur, ou résinier, est celui qui pratique cette blessure et qui récolte la résine.

Et que peut-on faire avec la résine récoltée ?
A l'état brut, à peu près rien, mais après distillation, on obtient en revanche deux produits essentiels que sont l'essence de térébenthine d'une part, et la colophane ou brai d'autre part. Ces deux produits de base peuvent à leur tour être transformés en produits dérivés. Les possibilités d'utilisation de l'ensemble de ces produits, essentiels et dérivés, sont aujourd'hui innombrables.

Avez-vous quelques exemples à nous donner ?
L'essence de térébenthine se retrouve notamment dans les peintures, les vernis et dans de nombreux produits d'entretien. Après transformation, les dérivés obtenus permettent également de fabriquer des composés entrant dans la formulation de parfums ou d'arômes. Des composés tels que le citron, le lilas, le muguet ou encore la violette sont par exemple issus des dérivés de l'essence de térébenthine. Il existe également des applications médicales. Le citral, qui est aussi un dérivé de l'essence de térébenthine, est par exemple utilisé comme matière première dans l'élaboration de la vitamine A, qui est très utilisée en pédiatrie, en dermatologie ou même maintenant en cancérologie.
Quant à la colophane, elle intervient principalement dans la fabrication d'adhésifs, de colles, de papiers ou d'encres d'imprimerie. On peut même citer l'exemple de la gomme entrant dans la fabrication des célèbres chewing-gum ! Compte tenu d'ailleurs du nombre de chewing-gum consommés dans le monde à l'heure actuelle, cette utilisation des produits issus de la colophane n'est plus du tout considérée comme marginale par les spécialistes.

A quelle époque le gemmage est-il apparu en forêt de Gascogne ?
Le gemmage remonte sans doute à l'apparition de la forêt elle-même, c'est-à-dire à aussi loin que les hommes s'en souviennent ! Contrairement en effet à ce qui est encore affirmé régulièrement aujourd'hui, une partie non négligeable de cette forêt existait déjà bien avant la loi de Napoléon III de 1857. Les forêts du Maransin, dans les Landes ou, plus près de nous, les forêts usagères de La Teste et de Biscarosse, couvraient déjà depuis bien longtemps plusieurs dizaines de milliers d'hectares. De nombreuses archives précisent également quels étaient les produits qui étaient alors extraits de la résine ainsi que l'évolution de leurs utilisations au fil des ans.

Quelles furent justement les premières utilisations de la résine du pin ?
Principalement la fabrication de torches, de bougies, de chandelles ou de vernis destinés aux instruments de musique ou aux bateaux. Certains sous-produits de la résine étaient également utilisés pour calfater la coque des bateaux. Les habitants de la région utilisaient aussi certains de ces produits pour soigner des affections pulmonaires, ou encore les furoncles. Toujours est-il que les rapports entre résine et médecine ne datent pas d'hier (1) !
(1) Ces vertus curatives attribuées à la résine furent en grande partie à l'origine du développement de la ville d'Arcachon.

Comment se déroulait une campagne de gemmage ?
Les campagnes de gemmage commençaient vers la fin du mois de janvier, et se terminaient généralement fin novembre.
Le résinier préparait d'abord les pins qui devaient recevoir les "carres". Pour ce faire, il procédait aux opérations de "pelage" puis de "cramponnage". Les pots en terre cuite destinés à recevoir la résine pouvaient alors être mis en place. Ces travaux devaient être achevés dans la première quinzaine de mars.
A partir de la mi-mars, le gemmeur donnait les premières "piques", et réalisait les carres à l'aide d'un outil appelé hapchòt. En Gironde, les nouvelles piques se succédaient à un intervalle de 8 jours, alors que dans les Landes, ce délai tombait souvent à 4 jours.
Dans le même temps, il fallait récolter la résine qui s'était écoulée dans les pots et la vider dans une barrique. Cette opération de récolte de la résine, que l'on appelait "l'amasse", était très souvent effectuée par la femme du résinier car celui-ci devait continuer à pratiquer de nouvelles piques.
La campagne touchait à sa fin à partir de la fin du mois d'octobre, et le gemmeur aidé de sa femme procédait alors au "barrasquage". Cette dernière manipulation, assez pénible, consistait à racler la résine durcie qui s'était formée le long des carres durant toute la campagne.

Que faisaient les résiniers pendant les mois de novembre et décembre ?
La plupart d'entre eux continuaient à travailler en forêt, à l'entretien des sites, à l'abattage des pins ou à l'éclaircissement des semis. Pendant ce temps, les femmes coupaient de la bruyère ou des hautes herbes devant servir de litière au bétail. Ces activités permettaient aux résiniers de vivre jusqu'à la reprise d'une nouvelle campagne de gemmage.

Ce métier de résinier exigeait-il de posséder d'importantes connaissances techniques ou reposait-il plutôt sur un grand savoir-faire ?
Surtout sur un grand savoir-faire. Pour savoir correctement aiguiser un hapchòt par exemple, il fallait compter au moins trois ans. Certains n'y parvenaient d'ailleurs jamais et préféraient arrêter le métier.
Ce savoir-faire se retrouvait également dans la bonne gestion des arbres. Il fallait faire les piques aux bons moments, afin que le pin gemme dans les meilleures conditions. Déterminer à quel moment le pin devait se reposer était aussi très important pour un bon gemmeur, et les exemples de pins ayant pu ainsi être résinés pendant plus de cent ans ne sont pas rares. Il ne faut pas oublier qu'à la grande époque du gemmage, le fait pour un propriétaire forestier d'être obligé de couper un pin qui ne résinait plus, ou mal, était ressenti comme une diminution de son patrimoine, même si le bois était vendu. Il fallait en effet attendre plus de 30 ans avant qu'un pin nouvellement planté puisse être résiné ! Le savoir-faire des bons gemmeurs était donc très apprécié et recherché.

Vous avez évoqué le rôle des femmes à plusieurs reprises ; peut-on dire que l'activité du gemmeur engageait aussi le plus souvent l'ensemble de sa famille ?
Tout à fait ; le rôle des femmes a toujours été très important, au point que l'on parlait fréquemment de "couple de résiniers". Il faut savoir que pour gagner sa vie, un résinier devait gemmer environ 6000 à 7000 pins par semaine. Dans ces conditions, le ramassage de la résine incombait très souvent à la femme du résinier, ou même parfois à sa mère, lorsqu'il était encore célibataire.

Est-ce grâce au gemmage que le pin fut surnommé pendant longtemps "l'arbre d'or" (2) ?
En grande partie, mais pas uniquement. Cette appellation "d'arbre d'or" englobait en réalité l'ensemble des revenus que le pin était susceptible de générer pour un propriétaire forestier ; et il est vrai que ceux-ci étaient multiples. Les jeunes pins coupés lors des éclaircies étaient par exemple utilisés comme poteaux de mines, ou servaient aux ostréiculteurs pour délimiter leurs parcs. Devenus adultes, ils pouvaient ensuite être résinés pendant de longues années et assuraient de ce fait des revenus réguliers et importants. Enfin, lorsqu'il n'était plus possible de les gemmer, ils étaient vendus comme bois de coupe et venaient ainsi grossir une nouvelle fois la cagnotte de leur propriétaire. C'était tout cela "l'arbre d'or", et l'on peut constater que les pins ont effectivement fait la fortune de très nombreux propriétaires, surtout des propriétaires qui possédaient de grandes surfaces de forêt.
(2) La formule est due à Alexandre Léon, qui fut président du Conseil général de la Gironde au début des années 1870.

Les résiniers ont-ils également profité de cette richesse résultant de la récolte de la résine ?
Contrairement aux propriétaires forestiers, je n'ai jamais entendu parler d'un seul gemmeur qui ait fait fortune avec la résine, et je pense qu'il n'y en a pas eu d'exemple. Ce constat est d'ailleurs à l'origine de toute l'histoire sociale du gemmage, qui elle, en revanche, fut fort riche.

Pouvez-vous nous parler de cette histoire sociale du gemmage ?
Pour bien comprendre cette histoire, il faut savoir que lors d'une campagne de gemmage, les résiniers ne percevaient leur première paye qu'à l'issue de la première récolte, c'est-à-dire en général vers le début du mois de mai ! Or ainsi que je l'ai indiqué précédemment, ces campagnes débutaient dès la fin du mois de janvier ! De ce fait, les résiniers et leurs familles se trouvaient dans l'obligation d'économiser pendant la campagne précédente ou pendant les mois d'hiver pour arriver à "tenir". De surcroît, le montant de leur salaire dépendait non seulement de l'importance de leur récolte, mais aussi très souvent du cours des produits de la gemme au moment de la paye !
Dans ces conditions, il est naturel que les gemmeurs aient cherché à obtenir de meilleures conditions de travail et une plus grande sécurité financière, alors surtout qu'ils voyaient de nombreux gros propriétaires s'enrichir considérablement grâce aux fruits des récoltes successives.
Les actions menées par les gemmeurs ont donc été nombreuses, et parfois fort rudes. On peut par exemple citer les émeutes qui se sont déroulées à Sabres en 1863, où plusieurs gemmeurs ont été arrêtés puis condamnés à de la prison ferme avant d'être graciés par Napoléon III. La célèbre manifestation de Mont-de-Marsan du 18 mars 1934, qui a réuni plus de 30 000 gemmeurs et petits propriétaires à une époque où la ville ne comptait que 12 000 habitants ; ou bien encore les grèves très dures de 1919 et de 1937 qui ont duré près d'un mois.
Ces luttes entre propriétaires et gemmeurs se retrouvaient aussi parfois dans les villages, où lors des élections municipales, la liste menée par les uns s'opposait à celle conduite par les autres. La vie des habitants en était parfois affectée. J'ai ainsi connu le cas d'une fille de propriétaire qui a été obligée de quitter le domicile familial parce qu'elle fréquentait un résinier !

Ces luttes ont-elles permis d'améliorer la situation des gemmeurs ?
Les avancées sociales furent très lentes, même si la création de syndicats de gemmeurs ou celle de groupements réunissant l'ensemble des acteurs de la filière ont pu parfois faire avancer un peu les choses. Il fallut cependant attendre 1968 pour qu'une convention collective vienne réglementer la profession et mette ainsi un terme à certains abus. Mais il était sans doute trop tard, car déjà à cette époque, la mort du gemmage était programmée et organisée en coulisse par l'Etat et les gros propriétaires forestiers.

Dans la première partie de notre entretien, vous avez conclu votre propos en mettant directement en cause l'Etat et les gros propriétaires forestiers dans la disparition du gemmage. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?
S'agissant de l'Etat, ou des pouvoirs publics en général, on peut relever au moins deux faits marquants ayant largement contribué à la disparition du gemmage.
Le premier tient à l'ouverture brutale du marché français des produits de la gemme à la concurrence étrangère - venant notamment du Portugal, de l'Espagne ou de Grèce - et ce dès 1952. Cette ouverture totale et sans concertation du marché français à des produits à faible prix de revient s'est d'ailleurs poursuivie sans aucune contrainte alors même que ces pays n'étaient pas encore membres de la Communauté Economique Européenne. Les effets néfastes d'une telle décision n'ont bien sûr pas tardé à se produire, et l'on a assisté à une baisse généralisée des cours de la résine.
Un autre effet pervers de cette décision a été de favoriser l'introduction en France de la technique américaine du gemmage à l'acide sulfurique.

En quoi consiste cette méthode de gemmage à l'acide sulfurique, et en quoi a-t-elle produit des effets pervers sur la situation en France ?
Ce procédé du gemmage à l'acide sulfurique, ou "gemmage activé", consiste à accélérer et à augmenter la quantité de résine produite par le pin au moment des piques en pulvérisant la plaie avec un activant ; en l'espèce de l'acide sulfurique.
Malgré ses effets néfastes sur l'environnement, qui sont loin d'être négligeables, les avantages supposés de cette méthode sont de réduire les coûts de main-d'œuvre - les piques sont moins fréquentes, donc pour un même nombre d'arbres, on a besoin de moins de résiniers - tout en augmentant dans le même temps la production de résine.
Les défenseurs de l'introduction massive de ce procédé en France pensaient ainsi avoir trouvé un moyen efficace pour lutter contre la concurrence étrangère. Le résultat fut cependant exactement inverse, comme cela était d'ailleurs largement prévisible.

Quelle était leur erreur selon vous ?
Il faut tout d'abord savoir que depuis longtemps, des recherches concordantes avaient montré que la qualité de la résine extraite des pins de la forêt de Gascogne était supérieure à celle de la plupart des sites étrangers. Cette supériorité de notre résine tenait notamment - et tient d'ailleurs toujours - à la proximité des dunes et de l'Océan.
D'autre part, les nouveaux débouchés industriels induits notamment par les progrès de la chimie exigeaient déjà à l'époque de recourir de plus en plus à des produits de qualité croissante.
La voie à suivre aurait dû dès lors apparaître toute tracée : il fallait moderniser le gemmage tout en cherchant à développer des produits de meilleure qualité et échapper ainsi à la concurrence grandissante des produits en provenance de l'étranger.
Or en recourant massivement au gemmage à l'acide sulfurique, on s'engageait exactement dans la voie opposée.
En misant en effet sur la quantité plus que sur la qualité, nos responsables économiques ont tout d'abord placé les produits français en concurrence frontale avec ceux venant de l'étranger au lieu précisément de chercher à l'éviter.
Ensuite, ce mot d'ordre de "toujours plus de production" a inévitablement engendré de nombreux excès ; c'était à qui mettait le plus d'acide pour faire "pisser" le pin. Les fraudes se sont également multipliées. Bref, la qualité de la résine ainsi récoltée s'en est fortement ressentie.
En définitive, la baisse des cours n'a fait que s'accentuer, et par répercussion, les tensions sur le niveau des salaires entre propriétaires et gemmeurs n'ont fait que croître. Les rangs des résiniers ont donc inexorablement continué à s'éclaircir.

L'Etat avait pourtant à cette époque décidé de subventionner le gemmage français ?
C'est exact ; même si les manifestations des gemmeurs et les menaces d'une grève générale ne sont pas étrangères à cette décision. Mais toujours est-il que subventionner le gemmage, cela revenait à confier une grande partie de son avenir et de ses possibilités d'évolution au seul bon vouloir de l'Etat. Or les représentants de l'Etat avaient visiblement d'autres projets pour la forêt des Landes de Gascogne que ceux de la survie ou d'une modernisation du gemmage.

Quels types de projets ?
Ces projets constituent le second des "faits marquants" que j'évoquais il y a quelques instants, et qui ont sans aucun doute contribué à la disparition du gemmage. Il paraît en effet évident aujourd'hui que l'Etat a eu nettement la volonté de donner une "vocation" papetière à la forêt de Gascogne, notamment au profit des entreprises Saint-Gobain et des Papeteries de Gascogne. Les gros propriétaires privés se sont d'ailleurs très vite engouffrés dans la brèche, car il est également très clair qu'ils voulaient se débarrasser du gemmage et des gemmeurs depuis très longtemps.

Pour quelles raisons selon vous ces gros propriétaires privés voulaient-ils se "débarrasser" des gemmeurs ?
Ils étaient excédés depuis de nombreuses années par les revendications sociales des gemmeurs ! Pour cette raison, les industriels de la papeterie n'ont pas eu beaucoup de peine à convaincre les propriétaires de réaffecter en priorité leur patrimoine forestier vers ce débouché de substitution.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres afin d'illustrer vos propos ?
Sans remonter trop loin, les gemmeurs étaient environ 16 500 en 1950, et sans compter le personnel des usines de distillation, on estime que près de 35 000 personnes vivaient encore à cette date plus ou moins complètement du travail de la gemme.

En 1969, soit quelques années après l'ouverture brutale du marché français à l'importation des produits étrangers, le nombre des gemmeurs a chuté à 1100, et moins de 10 000 personnes vivaient encore de cette activité.

La réaffectation de la forêt à destination de l'industrie papetière a ramené ce nombre à 472 gemmeurs en 1977, puis à 223 en 1983 et enfin à 76 en 1989.

En 1990, tout était terminé, et le gemmage au passé millénaire disparaissait totalement de la forêt des Landes de Gascogne dans une indifférence quasi-générale.

Les arguments que vous avancez pour expliquer la mort du gemmage sont parfois assez éloignés de ceux de la version officielle, qui insiste surtout sur les problèmes de pénibilité du travail, du dédain des jeunes générations pour ces métiers en forêt, de concurrence des produits étrangers ou encore de fluctuations trop importantes des cours de la résine ; que pensez-vous de ces arguments ?
Ils ne constituent pour la plupart qu'un habillage présentable de réalités beaucoup moins avouables. La pénibilité du travail ne signifie rien d'autre que l'obligation dans laquelle se trouvaient les résiniers de devoir subsister plusieurs mois sans percevoir de revenus. Le supposé "dédain" des jeunes générations, qui dans la bouche de certains voulait aussi dire "fainéantise", traduit simplement le fait qu'ils étaient lassés ou effrayés par de telles conditions salariales et qu'ils cherchaient donc naturellement à trouver un emploi où la paye était mensualisée afin d'apporter une plus grande sécurité financière à leur famille. En avançant l'argument de la fluctuation des cours de la résine ou celui de la concurrence étrangère, on omet bien sûr de préciser que c'est la politique suivie par l'Etat qui a placé le gemmage français au cœur de la tempête. Et dans la même logique, on oublie là encore systématiquement de dire que jusqu'à une époque récente, pratiquement aucune recherche n'était menée en vue moderniser le gemmage ou la récolte d'une résine de meilleure qualité, seule à même de répondre aux besoins des industries de hautes technologies.

Près de dix ans ont passé depuis que le gemmage a disparu de la forêt de Gascogne ; mais depuis quelques temps, les médias se font régulièrement l'écho de possibilités de relance, et votre nom est d'ailleurs très souvent cité. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout d'abord un constat : à l'heure où nous parlons, le gemmage n'a toujours pas été relancé ! Ensuite une observation : les projets relatifs à la relance du gemmage dans la forêt de Gascogne sont tous basés sur les progrès accomplis ces dernières années dans l'amélioration de la qualité de la résine récoltée ainsi que sur les possibilités d'utilisation de cette résine de haute qualité par les industries de pointe. Comme dit le proverbe "vaut mieux tard que jamais" !

Enfin, il est exact que je n'ai jamais pu me résigner à cette disparition du gemmage, et que les médias se sont parfois fait l'écho du résultat des recherches que j'avais entrepris en vue précisément de relancer le gemmage.

Quelles raisons vous ont poussées à ne jamais abandonner ?
Elles sont de divers ordres. Je suis fils et petit-fils de gemmeurs, et j'ai été gemmeur moi-même avant, comme beaucoup d'autres, de devoir quitter le métier afin de rechercher une plus grande sécurité financière. Ce patrimoine familial n'est donc certainement pas étranger à ma démarche. Mais je vis également avec mon temps, et comme tout un chacun, je peux constater que la situation de l'emploi dans notre pays n'est pas des plus florissantes. Pour ces raisons, il m'a toujours été très difficile d'accepter que l'exploitation du million d'hectares de pins de la forêt de Gascogne ne puisse générer plus de création d'emplois, alors surtout que j'avais la conviction qu'il était possible de récolter une résine de très haute qualité susceptible d'intéresser de nombreuses entreprises à travers le monde.

Vous avez donc décidé de mener vos propres recherches, alors que vous étiez seul et dépourvu de moyens techniques et financiers ?
C'est vrai, même si je dois préciser que sans l'aide de l'Ecole Supérieure de Chimie de Bordeaux, de l'Institut du Pin, de la société DRT (3), du syndicat des sylviculteurs et de quelques responsables politiques, je n'aurais certainement jamais pu faire valider les résultats de mes découvertes.

(3) Dérivés Résiniques et Terpéniques.

Et qu'avez-vous découvert exactement ?
Trois choses. La première est une nouvelle méthode pour récolter la résine, que j'ai baptisé procédé de "gemmage en vase clos". Pour faire simple, il s'agit de récolter la résine à l'aide de poches en matière plastique. J'ai ainsi pu obtenir un résultat exceptionnel, puisqu'il y avait dans les poches de la résine liquide, ce que l'on avait jamais récolté jusqu'alors.

La deuxième est un nouveau procédé de distillation. Mis au point avec un simple barbecue, il m'a notamment permis de produire des échantillons de colophane d'une qualité jamais obtenue auparavant.
La troisième est un activant neutre, ou "pâte neutre", qui permet d'activer la production de la résine par le pin sans que la qualité de celle-ci ne se trouve affectée par la présence de résidus soufrés, ce qui là encore était totalement nouveau.

Les débouchés commerciaux semblent exister, les procédés techniques également, tous les éléments paraissent donc en place pour voir revivre le gemmage ?
En réalité oui et non. Oui, parce je crois effectivement qu'aujourd'hui, les industriels ont acquis la certitude que les recherches en vue d'améliorer le gemmage et la qualité de la résine étaient susceptibles de leur ouvrir de nouveaux marchés.
Et non, parce que je ne suis pas certain que ces mêmes industriels aient finalement l'intention d'appliquer ces nouvelles méthodes en France.

Pour quelles raisons ces industriels décideraient-ils d'appliquer ces nouvelles méthodes à l'étranger ?
Parce que si vous abaissez les prix de revient, vous augmenter les éventuels bénéfices ! Or s'agissant par exemple des coûts de la main-d'oeuvre, il est impossible de mettre sur un pied d'égalité la France et la Chine, ou la France et l'Indonésie. C'est une sorte de cercle infernal ; si vous découvrez des méthodes pour réduire les prix de revient en France et que vous améliorez ainsi la compétitivité des produits français, vous trouverez toujours quelqu'un pour penser que ces mêmes méthodes appliquées dans certains pays étrangers réduiront encore plus les prix de revient et augmenteront d'autant les marges bénéficiaires ! C'est d'ailleurs en raison de cette incertitude quant à la stratégie des industriels que je préfère encore à l'heure actuelle laisser certaines de mes découvertes dans leur carton.

Pour aller plus loin :
Claude Courau : "Le gemmage en forêt de Gascogne" - Princi Negre Editions (1995).
Claude Courau : "La relance du gemmage en forêt de Gascogne" : Princi Negre Editions (1999).
Jacques Sargos : "Histoire de la Forêt Landaise : Du désert à l'âge d'or" - L'Horizon Chimérique (1997).

Publié dans l'environ ne ment

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