On en était où ?

Publié le par sab


Korpachada

Fin juillet,  nous sommes allés quelques jours à Laguna Blanca avec les étudiants d'un séminaire de Tucumán sur l'archéologie socialement utile. Deux jours de séminaire, et de présentation de leurs projets autour de cette dite archéo sociale, soit des projets de musée, de sensibilisation des habitants, des écoliers, à leur patrimoine et à sa préservation, des projets croisés entre archéologie et réinsertion sociale, c'est-à-dire ouvrir des ateliers de tissage pour des sans-emplois, en exploitant des motifs présents sur des céramiques et textiles archéologiques. Séminaire donc, dans le cadre tranquille du musée, sans eau chaude mais avec de l'eau quand-même, un zef incroyable les premiers jours jusqu'à la fête de la Pachamama, le 1er août.


Le 1er août est considéré comme le jour le plus froid de l'année, et aussi celui à partir duquel le temps recommence à s'améliorer pour se diriger doucement vers le printemps. C'est donc le jour où la Pachamama, la terre-mère, est la plus faible, la plus vulnérable, et pour cette raison on l'honore en lui faisant des offrandes de boissons, alcoolisées ou non, mais de préférence si, de cigarettes, de feuilles de coca..

En fait, on commence par creuser une fosse plus ou moins au centre d'une des places du village (toujours la même), dans laquelle on dépose comme première offrande un mouton. De fait, une bergère entre par le nord de la place avec son troupeau. Alors on attend l'arrivée de la Pachamama, qui sortait auparavant d'un trou creusé dans la terre mais qui vient aujourd'hui à pied d'un endroit à l'abri des regards, et accompagnée de deux enfants. Alors elle entre sur la place, et la bergère choisit une de ses bêtes qu'elle tue et dépèce avant de la placer dans la fosse, le tout parrainé par la Pachamama.

Celle-ci, vous le devinerez peut-être sur les photos, porte un vêtement confectionné par elle en matières issues de la puna, de l'environnement de Laguna Blanca : des plumes de ñandus, un bonnet en laine de lama, avec une queue de chat sauvage, et des chaussures en coquille de tatous qui lui donnent une demarche délicate et un pas inassuré. Evidemment, tout le village offre pour la Pachamama, qui remercie.. et qu'on regarde avec crainte du coin de l'œil. La Pachamama est une des femmes du village, mais son identité reste secrète. En realité, cette année c'était Doña Rosa, dont vous verrez le métier à tisser et le 'jardin' en photos. Une fois terminées les offrandes, on rebouche la fosse, la bergère et son troupeau quittent la place par le sud, et la Pachamama est littéralement chassée des lieux, on la maudit un peu jusqu'a l'année suivante. N'oublions pas que la Pachamama est une créature terrible.

Tiens j'ai appris qu'en espagnol, criatura se dit pour les jeunes enfants.. c'est drôle non ?


Après ça, tout le monde va manger. Avant, la nourriture était gratuite pour tout le monde, vu que tout le monde la préparait, mais depuis cette année, et à mon avis avec une ambition claire en direction du tourisme, il faut payer. Evidemment, rien d'exorbitant, genre 12$ (soit 3€) les 12 empanadas ou 18$ (4 et quelques) la belle cuisse d'agneau. Et de là, concours de chants traditionnels ( la copla), avec ou sans lama, et beuverie toute la nuit.



Depuis cette année encore, la Korpachada est aussi l'occasion du Rupa Chico, le rituel de la première coupe de cheveux des jeunes enfants (à partir de 2 ans) : chaque 'parrain' vient lui couper une mèche de cheveux en échange d'un cadeau, ou d'un billet, mais traditionnellement d'un animal jeune (agneau, lama, veau,..), du coup le tondu a beaucoup de parrains et de cadeaux. Evidemment, les principaux acteurs du jour ont revêtu leurs habits traditionnels de fête.

Publié dans ma vie - mon œuvre

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