Jean-Louis revient en Bolivie

Publié le par sab


Culture sucrière.

Me voilà revenue aux sources de mon Amérique du Sud.. Depuis maintenant 10 jours je fais un stage d'adaptation à l'andinisme, entre Sucre et Potosi, au prétexte de 2 colloques qui se sont achevés à Potosi jeudi midi. La semaine dernière donc, congrès de bolivianistes pendant 4 jours... immersion culturelle. Et ce début de semaine un colloque sur la mine et la métallurgie andines, je crois qu'il y a quelque chose qui me poursuit avec ces histoires de mines.


Enfin, le prétexte pour revenir sur le sol bolivien, re-parcourir Sucre et Potosi dans un sens différent, dans un but différent. Ce congrès bolivianiste, très dense, m'a mis un peu plus dans le bain andin, et a été l'occasion de rencontrer un paquet de spécialistes, boliviens, argentins, chiliens, français...etc. Et l'occasion de visiter le musée de ASUR où on était tous invités pour une représentation de danses traditionnelles. 

J'avais travaillé en novembre pour Pablo dans les locaux d'ASUR pour le tamisage et l'inventaire du matériel issu du site de Pulacayo, mais je n'avais pas pris le temps de visiter le musée. Le musée est centré sur l'art textile mais comprend une section (bon, 2 salles) archéologique qui présente le matériel de ce même site de Pulacayo. Le site a été "découvert" par un bolivien, qui depuis, en a fait sa profession : il a vidé le site de son contenu qu'il a revendu quelques temps après pour quelque 30.000$.. qui a dit que l'archéologie ne payait pas ? Suffit de piller. Bref, un site funéraire extraordinaire, évidemment, et malheureusement, dépouillé de sens par ce pillage, mais reste un matériel incroyable (textile, vannerie, céramique, etc.).

Je me permets une parenthèse pour défendre ma paroisse, et bien que pour nous archéos ça soit une évidence, je l'explique pour les autres : un site archéologique est une source d'information quasi inépuisable, dans la mesure où avec le temps, de nouvelles technologies, de nouveaux moyens nous permettent des études chaque fois plus approfondies. Travailler sur un site archéo, fouiller un site, c'est détruire un contexte. Je m'explique. Les objets archéologiques en eux-mêmes nous parlent de la période à laquelle ils ont été conçus. Le contexte archéologique, c'est-à-dire l'endroit où nous, archéologues, les retrouvons, et les autres objets (céramique, outils, restes d'aliments, plantes, restes d'animaux entiers ou non, sépultures, etc.) auxquels ils sont associés, nous permettent de reconstituer l'histoire de chaque objet, donc des gens qui l'ont utilisé, leur mode de vie, leur économie, leur organisation sociale. Quand nous travaillons sur un site, nous réalisons une quantité de dessins, de coupes, de schémas, de photos, de descriptions, de prélèvements d'échantillons parfois.. Cette activité de contextualisation nous permet d'interpréter ce que nous trouvons. Le fait de piller un site nous ôte toutes ces informations. Un objet que l'on va acheter à un pilleur a perdu les 3/4 de son histoire, on ne peut pas savoir qui l'a utilisé, où, combien de temps, pour quoi... Il ne reste que l'objet, parfois joli (je ne m'étendrai pas sur le concept du 'beau' qui, comme nous savons, est profondément subjectif et soumis aux critères de chaque culture), souvent non. Piller un site c'est détruire son histoire, éliminer les possibilités de le comprendre et de le resituer par rapport aux autres sites de la région.

J'espère ne pas avoir ennuyé mes collègues.. si vous voulez ajouter quelque chose.. Tout ça pour dire que le tamisage que j'ai fait pour Pulacayo correspond aux restes que Pablo a rencontrés après le passage du pilleur.

Je vous renvoie à la page web d'ASUR (dispo en français) si vous voulez en savoir plus sur les activités textilo-sociales de l'asso.

Publié dans ma vie - mon œuvre

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