Laguna Blanca

Publié le par sab


Voilà l'été...

    Me voilà de retour à Catamarca après un petit voyage à Laguna Blanca pour le week-end, mais quand on dit petit voyage ici, ça veut dire 11h de bus pour traverser 500km... quand je pense que je trouvais long d'aller de Bordeaux à Montpellier... Du coup,j'ai enrichi mon vocabulaire, j'ai appris lejos.. : loin. Le fait est que la province deCatamarca est ainsi faite que l'on est obligé de faire un grand détour soit par le Sud soitpar le Nord quand on veut traverser d'Est en Ouest.. je me fais comprendre ? Il y a en effet une chaîne de montagnes qui traverse la province... du coup ça rallonge un poil les déplacements. Sans compter qu'il y a aussi quelques contrôles de gendarmerie, car d'après ce que j'ai compris, la coca est légale mais il est interdit d'en transporter une grande quantité.
L'Antofagasteño : le bus qui dessert Laguna Blanca depuis Belén. Photo
Sr. Amortuorio.

    Ça fait seulement quelques années (depuis 2001) que l'on peut circuler aussi facilement et sans problèmes avec les forces de l'ordre, avant ça il était impensable de se balader sans papiers d'identité. Rappelons que l'Argentine c'est un pays qui a vécu la dictature pendant plus de 15 ans, comptant près de 30.000 détenus-disparus, dont la majorité étaient étudiants ou opposants au régime, déportés, détenus et torturés dans les nombreux centres de détention clandestins mis en place par la dictature. La période de répression intense (à partir de 1976), de contrôle total par les militaires, la peur omniprésente pendant ces années, restent imprégnées dans les mémoires argentines. 


    Pour en revenir à Laguna Blanca, c'est un
beau voyage, dans le genre bolivien en fait, avec de grandes étendues désertiques comme j'ai pu en voir sur la route d'Atulcha. Les chevaux en plus. Beaucoup de vigognes, des ânes, des vaches, des moutons, accessoirement des biscaches et des pumas, des petits scorpions, et toujours pleins de clebs dans les villages.

    Laguna Blanca est une Réserve de la Biosphère et à ce titre fait partie du patrimoine mondial de l'Unesco. La Réserve, c'est 3 zones protégées : une vaste étendue destinée au développement de projet et à la mise en valeur de la Réserve, avec de l'artisanat (filage et tissage notamment, à partir de laine de lama, mouton et vigogne, en vert sur la carte), de l'élevage et donc des villages ; c'est aussi une zone de réserve totale dont l'accès est totalement fermé, destinée à conserver l'écosystème en l'état et à mettre en évidence l'impact de l'activité anthropique sur le milieu naturel (en jaune sur la carte), et enfin une zone tampon tout autour de la zone de réserve intégrale (en orange sur la carte). Joli terrain de jeu.





Au cœur de la zone de mise en valeur, Daniel a monté un projet de musée intégral qui, depuis 4 ans, se met en forme. Inauguré l'an dernier et aujourd'hui constitué de 4 unités totalement terminées, il sera à terme composé d'une salle d'exposition archéologique, retraçant l'histoire de la Lagune, salle et expo d'ores et déjà au point, de 2 dortoirs (dispos), d'une cuisine (dispo), de sanitaires (dispos), d'une salle de dépôt, d'une salle de laboratoire, d'une salle de bibliothèque, d'un auditorium, d'un magasin d'artisanat, d'un bar... Le tout doit être terminé pour décembre 2006.

    Le musée intégral, c'est aussi un observatoire permettant de se faire une idée de l'environ et de l'implantation des sites, une réserve naturelle de faune :

 


oups, pardon :














une autre de flore... et d'autres choses que j'ai oubliées (mea maxima culpa).



Paysage de puna, plante de checal. Parc
botanique de la Réserve.


Le but de notre visite était de voir l'état d'avancement des travaux. En ce moment se font les charpentes des toitures des salles de dépôt, labo et biblio. La construction est assurée par les villageois : les bâtiments sont construits en pierre pour les fondations jusqu'à environ 1 m d'élévation, puis d'adobe. Les toits sont soutenus par des madriers en peuplier, rarement en cactus (courtes portées), couverts transversalement de bambous, d'adobe puis de paille. La fixation des madriers entre eux est assurée par des lanières de cuir de vache, et les linteaux de portes et fenêtres sont de cactus.

    Il faut signaler ici que le village à proprement parler n'existait pas il y a encore 5 ans, et qu'il compte aujourd'hui environ 150 habitants répartis en plusieurs hameaux. L'eau d'une rivière a été détournée en canaux afin d'assurer l'irrigation autour les maisons, et l'alimentation en eau potable bien-sûr. Il me faut aussi vous dire que le village se situe à environ 3.300 m d'altitude, ce qui garantit une certaine fraîcheur à cette époque de l'année où il fait vraiment chaud (aujourd'hui à Catamarca, il fait 37°...) et qui garantit un froid certain en hiver. Comme dans de nombreux villages campagnards il n'y a pas d'électricité, les gens utilisent donc soit des groupes électrogènes, soit des lampes à gaz. Ainsi nous avons mangé chaque soir chez Isaac, à l'épicerie-restaurant du pueblo, éclairés grâce à un groupe électrogène... et il y avait aussi la télé par satellite, et il se trouve que dimanche soir c'était la finale de la coupe de foot d'Amérique du sud (pour tout vous dire c'est le Boca de Buenos Aires qui a gagné), du coup la moitié (bon je suis un peu marseillaise, ils étaient une dizaine, mais quand on voit personne de la journée, ça fait beaucoup d'un coup) de la population masculine de Laguna était au rendez-vous. Assez drôle comment en plein désert un mec reste un mec...

    Les repas, comme toujours, se composent d'un plat de viande et riz/pâtes (la quinoa est très peu cultivée et donc plutôt chère) puis d'une soupe. Tout ça pour 3 à 4 pesos, soit 1 € pour deux. (1 € = 3,6 pesos environ).

    Bref, partis vendredi à 7h du matin de Catamarca, étape à Belén, le temps de manger à midi, et arrivés à 19h30 le soir même à Laguna Blanca, le samedi matin (ou ce qu'il en restait) a été consacré à la visite du site inca (Caranchi Tambo) à proximité immédiate du musée (oui, à vue de nez, c'est la proximité immédiate, en marchant c'est à 20 min) : structures d'habitat, silos, zones d'enclos. L'après-midi, nous avons reçu Don Felix qui est responsable de la construction, et sa femme Doña Rosa... 3h de discussion pour revoir chaque détail, partager la coca, et se donner rendez-vous pour le lendemain. Daniel s'attache à beaucoup parler avec les villageois, comme il l'avait fait aussi à Potosi­.. de fait, il est évident qu'il s'agit d'un lien social, et de partager avec eux les informations, de sorte qu'ils sachent et comprennent tout ce qui se trame : c'est avant tout une collaboration, qui se révèlera bien plus productive qu'une pénible intervention archéo en cercle fermé. L'archéologie m'a toujours semblé, de notre point de vue, un métier de commerciaux, où il s'agit de vendre une image du patrimoine.


    Dimanche donc, excursion vers une cascade au-dessus du village, environ une heure de marche au soleil brûlant de midi pour arriver face à cette faille par laquelle se jette le río, quelques 30m de cascades pour une belle eau de montagne.
Fraîche, l'eau, mais à cette heure-là de la journée, une bénédiction. Le temps de prendre le temps, et nous voilà repartis en direction de la maison de Don Felix, à une petite heure de là ...

    L'habitation est divisée en plusieurs unités, une pièce à vivre, une ou des chambres et une cuisine, le tout ouvert à l'Est, comme toutes les habitations du village. A l'Est, un petit jardin, de l'herbe, des arbres (notamment des peupliers), un métier à tisser, des légumes et un petit canal le long de la cuisine apportant l'eau potable. Nous avons été reçus dans la cuisine : une entrée sans porte dans une pièce d'environ 3 m sur 6, un sol en terre battue, un foyer dans l'angle Nord-Est, une table, des chaises, un banc. A côté de la porte, une étagère de bambou suspendue sous le toit de bambou et adobe. Là, sèche le fromage des chèvres de la famille. Nous avons aussi été invités à boire le mate cocido (maté chauffé au feu) en mangeant du fromage accompagné des galettes du pain (tortillas) que fait Doña Rosa... je dois dire que ça a un côté Petite maison dans la prairie qui me plaît beaucoup. Ou comment l'on reçoit dans une famille de la puna argentine.



Le métier à tisser de Doña Rosa, devant sa maison. Pas de tissu en cours à cause du vent.



Finalement, retour au musée puis ce fameux repas footeux chez Isaac.

Le lendemain, lundi donc, départ à 3h du mat par le colectivo à destination de Belén... un petit enfer ces vieux bus sans place pour s'asseoir, quand on a la chance d'être assis..et les fenêtres qui s'ouvrent par les vibrations de la piste sur un air bien bien frais de nuit montagnarde. 

Mais la nuit là-bas, c'est une merveille.


    Et puis c'est ma seconde pleine lune dans le désert, après Atulcha, où l'on voit comme en plein jour et où la neige des cimes luit sous les étoiles, un point de repère entre terre et ciel. Une myriade d'étoiles pour accompagner nos nuits. Le bruit du ruisseau envahissant l'espace. Le lointain braiement des ânes.

A Belén, arrivée à 8h, et re-départ à 13h30.

    Le temps de trouver un bar un peu frais (dès qu'on quitte les hauteurs, la chaleur nous retombe dessus comme la misère sur le bas peuple) avant de nouveau l'enfer. Le minibus qui nous ramène à Atulcha a beau rouler à toute vitesse, on ne sème pas la chaleur écrasante... il fait dans les 40 degrés pendant ces 4h30 de trajet. Heureux d'arriver à Catamarca pour se jeter sous la douche. Je sais bien que je ne vous fais pas pitié, vous qui tremblez de froid, mais essayez un peu de compassion quand-même.. vous savez que c'est l'été depuis hier ??? La première fois de ma vie que je vais passer Noël en été... et en maillot de bain. Non, je n'accepte plus les insultes, merci de proposer.


Belén, place centrale (qui, normalement, doit s'appeler du 25 mai...).

 

 

 

 

 
 




<<Un autre trip   ¡¡¡Feliz Navidad!!!


Publié dans ma vie - mon œuvre

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