Un autre trip

Publié le par sab


Destination l'Argentine

Et me voilà en Argentine...un départ décidé en quelques heures, parce que, finalement, rien ne me retient qui me pousse aussi. Après 26h de bus, une frontière, une chaîne de montagnes, un fuseau horaire, je pose le pied, et même les deux, dans la réalité argentine made in Catamarca. Le genre de voyage qui te resitue sur la carte du monde... La province de Catamarca s'étend, au plus large, sur près de 1.000km. Ça c'est mon Amérique du Sud, celle des distances qui ne se calculent plus en km mais en heures de route, en heures de piste.

Je vous sens de nouveau perdus, du coup, de nouveau, je vous file le lien vers une carte de l'Argentine... Dites pas merci, je sais que vous étiez nuls en géo à l'école.

Bref, re-passage par Potosi pour rejoindre le sud de la Bolivie, à l'heure éternelle où le soleil se couche, celle où la lumière scintille et vient baigner le monde de couleurs surnaturelles. Instants fabuleux où l'on voudrait devenir une de ces particules de lumière qui inondent chaque élément.


Arrivée à la frontière, Villazon (Bolivie)/La Quiaca (Arg.) au lever du jour, toujours la montagne. Premier panneau : Ushuaïa - 5121 km. Le ton est donné. Naturellement, me prend l'envie d'aller voir là-bas si j'y suis...il y a des limites à l'irraisonnable, je me contenterai de Catamarca.



Petit-déjeûner au marché de Villazon, d'une galette de maïs au fromage frite et d'un api, cette boisson chaude et épaisse à base de maïs, d'épices et de citron. Dernier achat de coca de ce côté-ci, aussi.

La fatigue commence à jouer, du mal à entrer en contact avec la réalité. De La Quiaca, en route pour Jujuy, toujours la montagne, sèche, les lamas, le même air désolé, les mêmes maisons d'adobe. Peu à peu cependant, on descend vers la forêt, le milieu se fait plus humide, plus vert. De grandes prairies dans lesquelles paissent vaches et chevaux, en grands troupeaux. On a pénétré le pays des gauchos, les vaqueros à cheval et sombrero.


Et, accessoirement, les chevaux viennent brouter en liberté sur les plates-bandes (tiens, c'est des zébras, ou pas ???) au milieu des rues.


Retrouver le vert humide de la végétation me met du baume au cœur, nostalgie insipide des terres littorales de mon enfance.

Peu à peu et malgré cette clim intense qui nous baigne en permanence, on peut sentir la température monter. A Jujuy, instantanément, on est écrasés par cette chaleur estivale, humide et quasi palpable, de l'atmosphère. Les quelques heures de répit avant de poursuivre la route sont l'occasion de s'offrir un bon repas. Autant dire immédiatement que l'image de l'Argentine pays de la viande n'est en rien usurpée. Ici la viande se trimballe sur ses 4 pattes, bien vivante et, ma foi, avec peu de choses à voir avec les sanguinolants carrés qu'on voit s'étaler impudiquement dans les frigos des supermarchés français. J'avoue avoir rigolé doucement quand j'ai vu, côte à côte, le steak de 3 cm d'épaisseur et le couteau scie, brillant éhontément. Je peux vous jurer que l'instant suivant, j'en pleurais. La Charolaise peut retourner faire les fossés, ici on joue dans une autre dimension. Difficile de faire passer un goût et une impression en bouche ainsi, mais disons tout simplement que ça doit être une des meilleures viandes que j'aie jamais mangées de ma vie. Et tendre..... Le tout accompagné d'un vin rouge qui sait se défendre, je trouve de bons garde-fous à la nostalgie qui me guette.
Premier contact avec la réalité argentine bien loin de me déplaire.

Enfin, arrivée à Catamarca au matin, pas encore trop chaud. Une journée pour essayer de me resituer dans l'espace, sur la carte du monde, sur ma carte mentale. Quartier tranquille, des arbres, le calme irréel. Le soir, re-départ, pour Tucumán, 4h de bus, encore. Une ville dont je ne verrais pas grand-chose, hormis un hôtel presque miteux. Daniel doit conduire un séminaire pour une quinzaine d'étudiants, à moins d'une heure de la ville, dans la forêt des hauteurs. Arrivée surréelle au milieu de la brume, la forêt exubérante, multiple, et un froid certain comparé aux touffeurs des plaines.

2 jours de séminaire informel dans une résidence universitaire, isolée et déserte, pour parler de l'archéologie avec les problématiques d'ici : archéo et développement local, archéo et identité culturelle, identité indigène, archéo et musée.. L'occasion samedi soir de se faire une bonne grillade assaisonnée de vin rouge, toujours. Et, de nouveau, l'agréable sensation de retomber en terrain proche du connu, mais seulement proche. J'ai du mal à suivre tout ce qui se dit mais, le soir venu, le vin devient un allié irremplaçable, agrémenté de cette fumée verte qui, décidément, se retrouve partout (et bonne avec ça, mais c'est une autre histoire..).

Ce week-end a aussi été pour moi l'occasion de m'habituer à prendre le maté, infusion naturellement amère que l'on a consommé en abondance au long de ces 2 jours. Le maté se boit généralement non sucré (amargo), dans un petit gobelet de bois (le fameux mate, à l'origine calebasse, aujourd'hui décliné en bois, corne, etc.), à l'aide d'une paille de métal (la bombilla). C'est un excitant un peu plus léger que le thé ou le café qui se consomme beaucoup en Argentine, ainsi qu'au Chili, au Brésil, au Paraguay. En Bolivie, on utilise plutôt l'infusion de feuilles de coca, notamment pour calmer les effets du mal des montagnes.

Je me fais peu à peu à la façon de parler argentine, où le "Yo me llamo" devient "cho me chamo" (de toute façon, je m'étais pas faite à la façon de parler espagnole, alors..). Enfin, un vraiment bon week-end. Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir participer aux discussions, d'abord parce que ce sont des discussions informelles dont je ne suis pas familière en France, ensuite parce que ce sont des problématiques que je trouve pertinentes... : une archéo par qui et pour qui, où, dans quelles conditions, que perçoivent les gens, la place de l'archéo dans les croyances des sociétés traditionnelles, etc. Et puis bon... j'ai du mal à suivre tout court !
L'archéologie ici est définitivement abordée sous son aspect de science sociale et bien moins scientifico-historique que nous.. tout un champ à redécouvrir pour moi.

Et nous voilà enfin de retour à Catamarca, de nouveau la terre plus sèche, nous avons laissé les champs de canne à sucre et de tabac pour retrouver les oliviers.

J'avoue, déjà, une certaine nostalgie de la Bolivie quand ici je suis assommée par les boutiques, publicités, toute cette agitation mercantile et inutile propulsée à la vitesse de la lumière...
On s'habitue à tout, même au pire.

Publié dans ma vie - mon œuvre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article