Potosi

Publié le par sab


Histoire générale

Potosi­, 4.000m d'altitude, patrimoine naturel et culturel de l'humanité depuis 1987, la ville de plus de 100.000 habitants la plus haute du monde.

Vers 1545, Diego Hualpa, un indien de l'Altiplano, révéla à Centano, un des nombreux aventuriers de l'époque de Pizarro, l'existence du Sumaj Orcko, à Potosi­. Sumaj Orcko (la plus belle montagne, en quechua) s'avéra être une mine si fabuleuse que Charles Quint, 10 ans plus tard, éleva Potosi­ au rang de ville impériale (la seule de l'Amérique latine à posséder cette distinction) et lui donna pour devise « je suis la riche Potosi, le trésor du monde, la reine des montagnes et la convoitise des rois ». Exploitée pendant trois siècles, la mine aurait produit suffisamment pour paver d'argent un pont la reliant au Palacio Real de Madrid. Les Espagnols la surnommèrent à juste titre le Cerro Rico, la Colline Riche. Il y eut jusqu'à 10.000 galeries dans la mine et plusieurs milliers d'entrées.


La découverte en remonterait aux premières années du XVIe s.. On connaissait déjà leur existence au temps de l'inca Huayna Capac, mais lorsque ses hommes en entreprirent l'exploitation, une voix étrange leur dit « Ceci n'est pas pour vous. Ces richesses, "Dieu" (et oui, les Espagnols sont passés par là) les réserve pour ceux qui viennent de plus loin ». Les hommes épouvantés s'enfuirent, et donnèrent à la montagne le nom de « Potojchi », c'est-à-dire « qui tonne, qui explose ».

Au milieu du XVIIe s., avec 165.000 habitants, la ville était aussi importante que Paris ou Londres. La ville se couvrit de superbes édifices coloniaux et d'églises. Dans Don Quichotte, Cervantès fait dire à son héros « Vale un Potosi » (ça vaut un Potosi), expression signifiant quelque chose d'inestimable. Avec l'institution de la mita, les indiens payèrent très cher l'investissement de l'Espagne.

La mita, c'est le travail forcé pur un an, et gratuit, par alternance dans les mines, dans des conditions épouvantables. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers d'indiens mouraient d'épuisement ou empoisonnés par les vapeurs du mercure qui servait au traitement de l'argent. Sans compter les maladies apportées par les Espagnols eux-mêmes. Pour toute nourriture, les feuilles de coca vendues par les responsables des mines.

Cependant, vers le milieu du XIXe, les filons commencèrent à s'épuiser. On en découvrit ailleurs et Potosi tomba rapidement en décadence au point de ne plus compter, en 1825, que 9.000 habitants. La découverte et l'exploitation de l'étain relancèrent néanmoins un peu l'économie, avant qu'elle ne retombe ces dernières années, l'exploitation ne se révélant plus rentable.

Les historiens sont formels sur un point (notamment Fernand Braudel et le physiocrate Quesnay, qui élabora la première théorie de l'inflation en étudiant le lien entre la production d'argent à Potosi et l'inflation en Europe) : le flux d'argent des mines de Potosi vers l'Europe fut une condition sine qua non du développement du capitalisme. L'Espagne s'endetta tellement, et gaspilla tellement l'argent de Potosi­ (et dans une moindre mesure celui de Taxco, Guanajato et Zacatecas au Mexique) que les vrais bénéficiaires furent les pays du nord de l'Europe. On appelle ce processus la « formation primitive du capital », une injection de liquidités difficile à imaginer : l'équivalent de 50 milliards de $ entre le XVIe et le XIXe s.. Inimaginable aussi, le génocide de 6 millions d'indiens Aymaras, Quechuas ainsi que d'Africains déportés de leur continent par le biais du commerce triangulaire.


Illustration : Guaman Poma de Ayala, Nueva Corónica y Buen Gobierno (1615) : "Los andinos sacrifican una llama de acuerdo con las leyes antiguas de idolatría." Sacrifice d'un lama, comme il se pratique encore rituellement aux entrées de mine à Potosi, pour s'assurer bienveillance et générosité de la Pachamama.


 


 


Publié dans ma vie - mon œuvre

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