Madeleine

Publié le par sab



Ce soir j'attends
Madeleine, on prendra le tram 33, on ira manger des frites chez Eugène, Madeleine elle aime tant ça !

    S'il ne devait rester qu'un instant, alors lequel ? Un soir de pleine lune sans aucun doute. Une nuit calme et tranquille, loin. Loin des lumières de la ville, auréolée d'étoiles, enveloppée des parfums suaves de la forêt et de l'océan.

Le petit ponton doit toujours m'attendre, là-bas sur la Leyre.

Rien ne bouge, au fil des saisons, au fil des ans, toujours le même mouvement infini qui inonde les marais puis s'enfuit. Toujours le clapotis des poissons, le vol lointain des oiseaux. On y sent des parfums mêlés d'iode et de vase. On y voit les pinasses tanguer au gré de l'onde. J'ai grandi ici. Ce ponton, c'est ma madeleine. Il y souffle perpétuellement un air de nostalgie amère. Parce qu'il représente cette part de mon enfance encore naïve où la vie me tendait les bras [...] et puis j'ai perdu toute innocence et finalement je ne revenais plus, toujours en vélo, zigzaguant entre les nids de poule emplis d'eau. J'ai remisé mon vélo au garage, jeté mon enfance en carton et scellé le tout. Une page s'est tournée, peut-être est-ce cela aussi l'adolescence. J'ai renié, ignoré ce passé pour ne plus vivre que dans le présent. Et aujourd'hui un air mélancolique souffle sur le port des tuiles. C'est probablement une faiblesse que d'y retourner respirer le parfum de cette enfance définitivement perdue, mais j'aime à me retrouver là. J'ai besoin de revenir de temps à autre, voir que tout est toujours là, y compris moi-même. Parce que c'est un peu de moi qui reste désormais attaché à ce port, au cœur des roseaux, le long d'un ponton [...]accroché au banc de sable. C'est mon sang qui coule là, ce sont mes entrailles que vous entendez bruire, c'est mon cœur que vous sentez vibrer en chaque chose.

Audenge. Photo  Claudine Crevola.

C'est un sentiment curieux que de se sentir aspiré par le néant du passé et pourtant propulsé par les promesses dorées mais néanmoins incertaines de l'avenir. Essayer de courir avec un boulet au pied.

Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

Publié dans Pensées

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Roland 02/04/2008 21:19

Bernard de Chartres (XIe siècle) a dit : "Nous sommes comme des nains montés sur les épaules de géants, si bien que nous pouvons voir plus de choses qu'eux et des choses plus éloignées, nullement de par l'acuité de notre propre vision, ou la hauteur de notre corps, mais parce que nous sommes soulevés et portés en haut par leur grandeur gigantesque".
C'est vrai pour les générations qui se succèdent, mais ça l'est aussi à l'échelle d'une simple vie...
Nous sommes ce que nous sommes parce que nous avons été bébé, enfant, adolescent etc... Renier une partie de notre vie, c'est se priver d'une partie de ses acquis.
Donc je n'ai pas de nostalgie de mon enfance (enfin pas trop) car je considère que j'en suis toujours un peu resté à ce stade. Ca peut être presque jouissif, mais par moment on est totalement perdu car en décalage avec la réalité des autres...

A bientôt et bonne continuation.