De la notion de richesse

Publié le par sab


Une réflexion déjà ancienne, mais toujours d'actualité.

Tiens, c'est curieux comme, à bien y regarder, le monde est vaste. Encore faut-il se donner la peine de lever le nez de son propre nombril (oui il est toujours à la même place, et non il n'a pas changé). Embrasser le monde du regard, le prendre dans ses bras ?

J'ai pu constater, et n'importe qui pourra de même, que l'homme le plus pauvre sera généralement celui-là même qui, de tous, vous offrira le plus. Probablement le fait de ne rien posséder rend les hommes plus généreux à partager ce rien avec leurs semblables. La possession, qui est une notion toute occidentale, recèle le vice. Enfants déjà, nous apprenons très tôt le "tien" et le "mien", que nous différencions très nettement : ce qui est à moi n'appartient qu'à moi. Je me demande si les enfants amérindiens, chez qui, je crois, la notion de propriété n'existait pas, du moins avant l'arrivée massive des européens avaient eux aussi du mal à partager leurs jouets avec leurs petits camarades. Je penche plutôt pour un vice de nos sociétés occidentales, engendré par une opulence non généralisée, j'entends par là que les richesses ne sont plus partagées, redistribuées au sein de la société, mais engrangées à titre et à profit personnels uniquement.





Illustration : Guaman Poma de Ayala, Nueva Coronica y Buen Gobierno
(1615) : El Ynga pregunta al español qué come. El español responde: "Este oro comemos". L'Inca (le roi) demande à l'Espagnol ce qu'il a coutume de manger. L'Espagnol répond : "Cet or nous mangeons."



Le partage n'est absolument pas une valeur morale, contrairement à la taille du portefeuille. Les sociétés traditionnelles fonctionnent, à ma connaissance, sur une unité : les personnes n'existent pas en tant qu'individus mais plutôt en tant que membres d'une communauté indivisible : un pour tous, tous pour un comme dirait l'autre. A partir du moment où l'on a commencé à séparer l'individu de sa société, on a créé un fossé qui se creuse indéfiniment entre ses membres. On en revient à dire que l'homme est foncièrement mauvais. Car que s'est-il passé ? Un beau jour, un homme a décidé de garder le beau butin qu'il avait amassé pour lui-même et quelques VIP, c'est-à-dire sa famille. Après tout, c'est à la sueur de son front qu'il avait réussi à l'amasser, il l'avait donc bien mérité. Avoir plus que les autres est devenu le leitmotiv, remplaçant le vieillot "un peu, pour tous". Aujourd'hui, on considère un homme selon ce qu'il possède : tu es ce que tu possèdes. D'où la nécessité vitale de posséder plus que son voisin, pour être reconnu aux yeux de la société, estimé, et même respecté. L'argent apporte le respect des moins fortunés, la fraternité des aisés. Encore faut-il montrer que l'on posséde. Car posséder sans étaler ne rapporte rien : il faut jeter à la face de la société sa propre opulence. Etre riche c'est être reconnu. Attention, ce n'est valable que pour les richesses matérielles ! La richesse intérieure, intellectuelle, culturelle, ne vaut pas un clou. De ce culte de la fortune naissent aujourd'hui des monstres sournois tout-à-fait attendus mais que l'hypocrisie consensuelle contemporaine est choquée de rencontrer. Comme pour tout, tant que ça ne se voit pas, on fait mine de ne pas savoir. Aujourd'hui donc, l'individualisme est la vertu suprême.

Triste, triste société.

Tout ça pour dire que les plus pauvres sont les plus généreux. Celui qui possède des richesses matérielles en est jaloux, les couve telle une nichée fragile, et absolument défendue aux autres. Je comprends ces convictions qui poussent les hommes à vivre totalement démunis car c'est ce dénuement-là qui enrichit. Parce qu'ils n'ont rien, ces hommes à part s'ouvrent aux autres. Le partage doit redevenir une valeur de nos société... c'est mal barré.

Il faut réagir.

Il faut retourner à l'essentiel avant de nous perdre.

L'important reste de savoir que nous sommes riches, et que les riches ne le sont pas. Suis-je claire ? Peut-être que c'est ça "les derniers seront les premiers" : les moins riches seront les plus riches. Laissons à ces embourbés du cigare, à ces obèses obscènes, l'illusion de la reconnaissance. Nous savons bien, nous, la supériorité incontestable de notre sagesse.

Qu'ils se confisent dans leur exubérance jusqu'à l'étouffement. Mais en silence, merci. On voudrait pouvoir continuer de penser, nous.

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Publié dans Pensées

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WILL 01/06/2008 09:44

Des paroles aussi profondes que ressourçantes.
Belle analyse sociale. A bientôt.

ben 02/04/2008 21:02

Le problème avec les bourgeois à la richesse oppulente, les gens d'argent, les gens malhonnêtes, les opportunistes, les cons, les stupides, les ignorants (je ne mets pas tout ces gens sur le même plan !), c'est qu'ils sont le fruit d'une société humaine née au moment du néolitique. Comment reprocher aux riches de vouloir devenir plus riches quand toute la société, quand toute leur éducation, quand tout ce qu'ils entendent à la radio et à la télé ne les pousse que vers ce but. Il ne faut pas voir ces gens plus bas que terre, c'est gens sont le fruit normal de notre société occidentale. Ne cherchons pas l'erreur chez ces gens, il suffit de ne pas être d'accord avec le modèle occidental. Car bien sur il y a d'autres façon de penser, d'autres façons de voir les autres, d'autres façons de voir le monde. Cette façon différente de voir les choses, on la retrouve dans toutes les autres cultures qui n'ont pas encore été totalement polluées par notre vision du monde. La mondialisation tent malheureusement à la domination de cette vision du monde, et les cultures indigènes basées sur le partage disparaissent peu à peu. Mais même là où la culture occidentale s'implante, elle est vue à travers un filtre différent du notre, elle est mise à la sauce locale. Ils nous revient donc à nous, ceux qui ne se sentent pas en harmonie avec cette culture, avec cette vision du monde, de voir ailleurs, de comprendre ces autres cultures, pourquoi elles sont différentes et en quoi elles sont différentes. Accumulant ces expériences culturelles diverses, il faut se créer à notre tour une culture propre à nous, une culture plus humaniste que celle qu'on nous montre tous les jours, une culture tournée moins vers le matériel et plus vers l'homme. Car c'est bien ça le grand vice de notre culture de consommation, c'est qu'elle a placé entre les hommes les objets. L'objet devient un barrage entre les hommes et coupe toute connection entre eux, tout partage. Le culte de l'objet-icône amène l'homme à percevoir l'autre comme un ennemi : "l'homme est un loup pour l'homme", car cette autre homme va vouloir convoiter cette icône. Alors soyons iconoclaste, cassons ce culte, cassons-le tous les jours, donnons toujours moins d'importance aux objets inutiles et tentons malgré notre handicap (acteur de la société de consommation) de nous rapprocher d'une culture qui donne plus de place aux autres, une culture de mouvement vers l'autre et pas de recul et de repli sur soi.
ben