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Tradition et coca

Publié le par sab


Précisions

Avant la domination de l'empire Inca, la coca est utilisée à des fins nutritionnelles et religieuses. Dans le nord du Pérou (culture Moche), on trouve déjà des références à la coca dans la sculpture alors qu'en Bolivie, de toute évidence, les Tiwanakos établissent les réseaux qui relient les Andes et l'Oriente, entre autres, pour le commerce de la coca. Après la disparition de Tiwanaku, l'interrègne des seigneuries Aymara fait de la coca un enjeu économique, à l'origine de plusieurs conflits. Sous l'égide de l'empire Inca, on dit souvent que sa consommation est réservée aux élites. D'autres chroniqueurs espagnols signalent en revanche que la coca sert comme bien pour maintenir la cohésion socio-politique de l'empire. Les feuilles de coca peuvent aussi jouer le rôle de réserve alimentaire de dernier recours en cas de disette ou de conflit grave (moins en tant qu'aliment véritable que comme coupe-faim en réalité). En l'absence de monnaie commune, la coca servait d'étalon de référence pour échanger biens et services. Le mythe fondateur de l'Empire soutient que, parmi les premiers rôles des souverains, il y eut celui d'apprendre à leurs sujets l'utilisation de la feuille de coca.

Illustration : Guaman Poma de Ayala, Nueva Corónica y Buen Gobierno
(1615) : Dos hortelanos andinos cuidan su jardín: "Masca esta coca, hermana". Usage de la coca par les paysans des régions andines. La présence des poules révèle la période post-contact.

Coroico, cueillette des feuilles de coca, juin 2007 :
Après la conquête, le clergé espagnol déclare que la coca est "la feuille du diable". Pour éliminer les idolâtries, on fond d'ailleurs les chefs-d'œuvre en or et argent de l'art inca du temple du soleil à Cuzco (Pérou). En 1545, le vice-roi de Tolède comprend vite que la coca peut devenir une source de revenu non négligeable : il frappera la récolte d'un impôt. Vers le milieu du XVIIe s., la coca est pleinement insérée dans le circuit économique. La région de Cuzco devient le premier centre producteur, et les Yungas de La Plata (Sucre) reçoivent 65000 pesos (1 peso = 1 once d'argent) en guise de redevance pour la coca. Espagnols, métis et certains indiens (appelés "Cocanis") s'enrichissent grâce à la feuille. Après la guerre d'indépendance, la coca reprend sa part dominante dans les régions tropicales de La Paz et Cochabamba. La feuille est devenue la monnaie, l'étalon de base d'une Bolivie économiquement déprimée.

L'alcaloïde vanté par J.J.Cale dans sa célèbre chanson n'a rien à voir avec la feuille de coca que l'on consomme ici de façon courante. Quelques chiffres : 1/2 t de feuilles+quelques hectolitres de kérosène+quelques hectolitres d'acide chlohydrique+etc., le tout dans des bains successifs et après raffinements divers = 1kg de cocaïne... d'un bout à l'autre de la chaîne, la valeur des feuilles a été multipliée par...90.000.

Coroico, semis de coca, juin 2007 :

En 1985, la Comibol (mines de l'état) licencie 27.000 mineurs, qui sont "déplacés" dans le Chapare, la partie amazonienne du département de Cochabamba. Appelés relocalizados, leur seul recours devient la culture de la coca. La production de feuilles a fait un saut quantitatif, même si la Bolivie ne produit que 30% de la production mondiale, le Pérou en assurant 60%. A la fin des années 90, on assiste à l'arrivée des commandos anti-drogue envoyés par les Etats-Unis. Dans une large mesure, le succès des programmes d'éradication de la coca au Pérou et en Bolivie s'explique par la destruction du pont aérien qui, jusque-là, avait permis aux trafiquants colombiens de transporter la pâte de coca vers la Colombie où elle était raffinée en cocaïne ultérieurement exportée vers les USA.

Seule la feuille est tolérée en Bolivie. Les Boliviens l'utilisent pour lutter contre le mal des montagnes (soroche) et la fatigue. On prend une petite poignée de feuilles que l'on place toutes du même côté : c'est l'acullico. On ne les mâche pas et on en extrait le jus petit-à-petit. Les Boliviens utilisent un produit appelé llicta à base de cendres (ou bicarbonate de sodium, un agent alcalin) pour accélérer le tout. On peut aussi la trouver sous forme d'infusion : le maté de coca. De nombreux produits en sont dérivés, tel le fameux vin de coca de Mariani, made in France (XIXe s.), qui aurait inspiré un certain pharmacien d'Atlanta, John Pemberton, père du...coca-cola.

Et parce que je vous sens perdus, je vous renvoie vers une carte que j'ai trouvée chez nos amis du Routard. Et on dit merci aux textes du Routard.. !


Publié dans ma vie - mon œuvre

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